Série « villages des deux Morin » épisode 6
Guérard, l’eau, la terre et le courage des hommes
Perché au cœur de la Brie, Guérard semble sortir d’un tableau où le temps s’étire. Les pierres de ses maisons racontent des siècles de vie, où se mêlent paysans, artisans et commerçants. Dès le Moyen Âge, le village s’anime autour de son église Saint-Georges, témoin silencieux des mariages, des fêtes et des moments de recueillement de générations d’habitants. Les archives évoquent les foires et marchés qui, jadis, faisaient battre le cœur de Guérard et attiraient des visiteurs de toute la région.
Niché au cœur de la Seine‑et‑Marne c’est un village façonné par l’eau et la terre. Construit autour d’un gué sur le Grand Morin, ce passage naturel où l’on traversait la rivière doit sans doute son nom à ce lieu de rencontre entre hommes et nature. Certains racontent que ce « gué » a été associé à un certain Evrard, gardien des passages, donnant peu à peu naissance au nom que nous connaissons aujourd’hui… comme un murmure transmis à travers les siècles.
Au fil des siècles, Guérard a vu passer l’histoire de France : des seigneurs aux révolutions, des guerres aux périodes de prospérité agricole, chaque pierre a gardé la mémoire d’un village en mouvement mais toujours fidèle à lui-même. Les moulins, les étangs et les chemins bordés d’arbres racontent encore l’ancien mode de vie des habitants, travaillant la terre et le bois, cultivant le blé et le lin, et vivant au rythme des saisons.
Depuis le XIᵉ siècle, Guérard s’est déployé autour de ses terres fertiles. Sous la domination de seigneurs médiévaux et le regard protecteur des monastères voisins, le village s’est structuré, prospérant grâce à ses vignes et à l’abondance de ses récoltes. Une charte de 1232 atteste déjà la présence des vignes qui tapissaient les coteaux du Grand Morin, offrant un vin qui approvisionnait Paris et réchauffait les assemblées des foires médiévales.
L’église paroissiale, reconstruite au XIIIᵉ siècle dans toute sa prestance gothique, témoigne encore aujourd’hui de l’importance de la communauté qui s’y retrouvait, génération après génération.
Et puis vint la Révolution Française. La vie à Guérard a été profondément bouleversée. Les habitants ont dû s’adapter aux changements soudains : nouveaux droits, réorganisation des terres, parfois disputes ou désaccords entre familles. Ces événements, parfois difficiles, ont marqué durablement la mémoire du village et sont encore visibles dans ses archives.
Plus tard, au XIXᵉ siècle, l’arrivée du chemin de fer a relié Guérard au reste de la France. La gare de Guérard – La Celle‑sur‑Morin, ouverte en 1863, a permis aux habitants de voyager et de faire connaître leurs produits ailleurs.
Mais ce progrès a aussi ses conséquences…
Les vins d’autres régions arrivent plus facilement sur les marchés.
La concurrence devient plus forte.
Et surtout, le phylloxéra — un minuscule insecte ravageur — détruit presque toutes les vignes du village à la fin du XIXᵉ siècle.
Pour une commune qui vivait en partie de sa production viticole, c’est un choc immense.
Il faut se réinventer.
Changer d’activité.
S’adapter.
Guérard ne disparaît pas, il se transforme…
Ses habitants ont dû se battre pour reconstruire leur activité.
Comme toute grande histoire, Guérard renaît. Aujourd’hui, des passionnés ont redonné vie à ses vignes, plantant de nouveaux cépages et faisant à nouveau vibrer le terroir local avec des vins reconnus sous l’indication géographique protégée d’Île‑de‑France.
Et puis, il y a eu 2024.
Les eaux du Grand Morin sont montées, des rues ont été touchées, des maisons ont été envahies, des souvenirs ont été détruits…
Mais une chose n’a pas cédé : le cœur des habitants ! Dans l’épreuve, il y a eu des voisins qui frappent à la porte, des bras pour aider à nettoyer, des mots pour soutenir, des silences partagés, aussi.
Il y a eu cette dignité tranquille.
Ce courage sans bruit.
Cette solidarité qui ne fait pas la une des journaux mais qui construit l’âme d’un village.
VigiCrécy tient à saluer respectueusement les Guérardaises et les Guérardais.
Leur force, leur attachement à leur territoire.
Un gué médiéval, une révolution, un train, une vigne détruite, une crue… Et chaque fois, des femmes et des hommes qui tiennent bon.
8 commentaires
Magnifique texte, merci 🥰
Bonjour.
L’église de Guérard est l’église Saint-Georges.
Mon village d,enfance mon ecole
Oui très beau texte mais pour l’aide pendant les inondations elle était très faible !!
Moi j habite pas loin de la gare
Et il y avait eu 2016.
Le village de mon enfance et d une partie de ma famille
Très intéressant je découvre l’histoire de Guérard,merci.