« LA PAROLE EST AUX HABITANTS »
Comme prévu, voici le courrier de Jean-Claude, adhérent de VigiCrécy (Cliquez sur chaque page pour l’agrandir)
La parole aux habitants : témoignage d’un adhérent VigiCrécy
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6 commentaires
Document très intéressant qui montre que:
– détruire un ouvrage qui existe depuis longtemps sous prétexte d’embacles est non seulement coûteux mais contraire au principe « retenir l’eau en amont »,
-favoriser la vie aquatique au détriment de la sécurité des humains est un choix difficile à admettre pour tous ceux qui ont été durement touchés par la dernière inondation,
– nous sommes accablés de normes, de sigles et de décrets incompréhensibles du grand public, ce qui ne favorise ni l’efficacité ni la transparence des actions entreprises.
Serait il possible d’obtenir enfin une politique claire et simple de la gestion de nos rivières ?
A la lecture de ce document il est clair que nous en sommes très loin.
Document très intéressant qui montre que:
– détruire un ouvrage qui existe depuis longtemps sous prétexte d’embacles est non seulement coûteux mais contraire au principe « retenir l’eau en amont »,
-favoriser la vie aquatique au détriment de la sécurité des humains est un choix difficile à admettre pour tous ceux qui ont été durement touchés par la dernière inondation,
– nous sommes accablés de normes, de sigles et de décrets incompréhensibles du grand public, ce qui ne favorise ni l’efficacité ni la transparence des actions entreprises.
Serait il possible d’obtenir enfin une politique claire et simple de la gestion de nos rivières ?
A la lecture de ce document il est clair que nous en sommes très loin.
Merci pour ce partage , pouvons nous aider à faire bouger les choses ?
Merci pour ce partage , pouvons nous aider à faire bouger les choses ?
Je voudrais réagir à ce courrier, en complétant avec les informations et donnant mon point de vue sur le sujet, à titre personnel et non en tant que Vice-Président du SMAGE.
Sur le déroulement :
– le moratoire demandé par les élus de la CACPB lors du comité syndical demandait qu’on bloque le projet dans l’attente d’études complémentaires. Il était signé par plusieurs maires des communes de l’aval inquiets de l’aggravation des inondations suite à la suppression du clapet.
– Le cabine BRLi qui travaille sur la modélisation hydraulique du bassin versant a été mandaté pour vérifier l’impact de cette suppression sur l’aval, étude que n’avait pas été faite par le bureau d’étude chargé du projet. BRLi a modélisé très précisément le site et les abords et a conclu à l’absence d’impact négatif de la suppression sur l’aval.
– Les élus ont souhaité l’avis de Seine Grands-lacs qui a confirmé et a accepté de poursuivre sa participation au projet.
– De ce fait il n’y avait aucune raison de ne pas reprendre les travaux.
Voila pour les faits.
Maintenant, mon analyse.
– La suppression du clapet n’a pas d’impact hydraulique sur les inondations. On peut faire confiance à l’étude de BRLI qui est très précise pour le démontrer. En soi ce n’est pas surprenant, l’eau que retient un barrage de ce type est très faible en comparaison des volumes qui transitent. Dans le rapport et dans la communication officielle on parle d’un gain de 60cm en crue. Certes, on baisse la ligne d’eau mais ce chiffre ne correspond pas à une crue débordante. Dans le cas d’inondations conséquentes comme celles que l’on a connu récemment, le résultat est le même. Et on le comprend bien, le principe est général, lors de fortes inondations, qu’une vanne soit ouverte, fermée ou absente, l’eau passe de la même façon. On dit que le barrage est transparent.
– De même on justifie la suppression du clapet car il bloquerait les embâcles. Un vannage fonctionnel ouvert lors des crues n’a pas d’impact sur les embâcles. Ce sont les ponts qui bloquent les embâcles ainsi que les vannages à l’abandon faute d’entretien.
– Sur le stockage d’eau et la possibilité de faire une ZEC : lors du Copil de novembre, j’avais demandé de sursoir au projet pour attendre la modélisation en cours sur le grand-morin. En effet, cette étude peut conduire à définir des sites sur le grand-morin où il serait judicieux de créer des retenues, retenues qui pourraient nécessiter de créer des ouvrages. Et dans ce contexte pourquoi pas utiliser des ouvrages existants. Quelques semaines plus tard, après vérification, il s’est avéré que le site de Mouroux n’était pas pertinent pour créer une ZEC, il y avait des risques pour les habitations. D’autre part, il suffit d’aller voir sur place en ce moment, alors qu’on n’est plus en hiver, on constate que les canaux de contournement du grand-morin (eh oui il en faut pour mettre à sec la rivière le temps des travaux) qui ont été creusés sont pleins d’eau venant de la nappe, à un niveau supérieur à celui du grand-morin. Autrement dit l’eau arrive tout de suite, il n’y a pas de stockage supplémentaire possible.
Maintenant sur le rôle positif des barrages :
– Ils permettent de rehausser la cote d’eau. C’est d’ailleurs le principe utilisé pour valoriser les zones humides.
– Par là même ils permettent le soutien d’étiage. Il faut penser aux sécheresses qui ne manqueront pas d’arriver, et on aura bien besoin des barrages en été pour avoir encore de l’eau dans nos rivières.
– Ils permettent de réguler la circulation des bras secondaires (essentiels à Crécy et à Coulommiers par exemple).
– Ils constituent un patrimoine autant par l’ouvrage que par l’agrément du plan d’eau qu’ils créent, arguments qui ne semble pas avoir conquis les élus de Mouroux qui sont à l’origine de cette demande de suppression. Ailleurs sur le grand-morin on aura une autre approche. L’idéologie rentre souvent en ligne de compte, le pour ou contre les vannages tient à la guerre de religion !
Maintenant il faut voir le projet dans son ensemble et la logique qui en est à l’origine.
La suppression d’un ouvrage a pour conséquence un affaissement des berges à l’amont. L’influence du barrage est de l’ordre d’un kilomètre. Quand on a des berges déjà fragiles, un lit incisé et une tendance de la rivière à creuser, c’est l’occasion de retravailler le lit de la rivière. On appelle cela l’hydromorphologie. On est obligé d’assécher la rivière pour y travailler, on refait des berges en pente douce, on fait des plantations pour tenir les berges, éventuellement on refait des méandres. Le résultat sera beau mais c’est ce qui coute le plus cher dans le projet. Ce n’est pas inutile, on travaille sur le long terme en améliorant la résilience de la rivière, sa capacité à se défendre elle-même face aux événements climatiques notamment.
A cela on rajoute une frayère le long de la rivière.
Aurait-on pu refaire l’hydromorphologie et la frayère sans supprimer le clapet ? Probablement mais c’est là qu’intervient un facteur qui fausse le débat : les subventions qui sont souvent conditionnées par le rétablissement de la continuité écologique, sujet toujours conflictuel.
Quels enseignements doit-on en tirer ?
On ne refera pas le passé sur ce projet qui est maintenant bien lancé. Le démarrage est très mal tombé à un moment où les habitants attendaient des actions contre les inondations, le projet qui démarre n’est justement pas fait pour ça, d’où une sacré déception, les réactions des associations et les échanges dans les médias.
Il faut surtout ne pas recommencer une telle expérience mais fixer d’autres règles :
– Lancer des projets parce qu’ils sont utiles et non parce qu’ils sont subventionnés. Pour les habitants, c’est de l’argent public donc leur argent quel que soit le montage financier.
– Prioriser les projets efficaces à court terme par rapport aux projets qui ont des objectifs long termes.
– Quantifier le gain que va apporter un projet par rapport à con cout.
– Communiquer en amont sur les projets et faire participer les habitants.
Une parenthèse sur l’hydromorphologie, qui coute si cher, et qui ne sera pas toujours subventionnée, il faut peut-être se poser un peu et réfléchir à des solutions plus rapides à mettre en œuvre et moins couteuses. On est demandeur d’innovations dans ce domaine, il en existe, il ne faut pas hésiter à oser.
Je voudrais réagir à ce courrier, en complétant avec les informations et donnant mon point de vue sur le sujet, à titre personnel et non en tant que Vice-Président du SMAGE.
Sur le déroulement :
– le moratoire demandé par les élus de la CACPB lors du comité syndical demandait qu’on bloque le projet dans l’attente d’études complémentaires. Il était signé par plusieurs maires des communes de l’aval inquiets de l’aggravation des inondations suite à la suppression du clapet.
– Le cabine BRLi qui travaille sur la modélisation hydraulique du bassin versant a été mandaté pour vérifier l’impact de cette suppression sur l’aval, étude que n’avait pas été faite par le bureau d’étude chargé du projet. BRLi a modélisé très précisément le site et les abords et a conclu à l’absence d’impact négatif de la suppression sur l’aval.
– Les élus ont souhaité l’avis de Seine Grands-lacs qui a confirmé et a accepté de poursuivre sa participation au projet.
– De ce fait il n’y avait aucune raison de ne pas reprendre les travaux.
Voila pour les faits.
Maintenant, mon analyse.
– La suppression du clapet n’a pas d’impact hydraulique sur les inondations. On peut faire confiance à l’étude de BRLI qui est très précise pour le démontrer. En soi ce n’est pas surprenant, l’eau que retient un barrage de ce type est très faible en comparaison des volumes qui transitent. Dans le rapport et dans la communication officielle on parle d’un gain de 60cm en crue. Certes, on baisse la ligne d’eau mais ce chiffre ne correspond pas à une crue débordante. Dans le cas d’inondations conséquentes comme celles que l’on a connu récemment, le résultat est le même. Et on le comprend bien, le principe est général, lors de fortes inondations, qu’une vanne soit ouverte, fermée ou absente, l’eau passe de la même façon. On dit que le barrage est transparent.
– De même on justifie la suppression du clapet car il bloquerait les embâcles. Un vannage fonctionnel ouvert lors des crues n’a pas d’impact sur les embâcles. Ce sont les ponts qui bloquent les embâcles ainsi que les vannages à l’abandon faute d’entretien.
– Sur le stockage d’eau et la possibilité de faire une ZEC : lors du Copil de novembre, j’avais demandé de sursoir au projet pour attendre la modélisation en cours sur le grand-morin. En effet, cette étude peut conduire à définir des sites sur le grand-morin où il serait judicieux de créer des retenues, retenues qui pourraient nécessiter de créer des ouvrages. Et dans ce contexte pourquoi pas utiliser des ouvrages existants. Quelques semaines plus tard, après vérification, il s’est avéré que le site de Mouroux n’était pas pertinent pour créer une ZEC, il y avait des risques pour les habitations. D’autre part, il suffit d’aller voir sur place en ce moment, alors qu’on n’est plus en hiver, on constate que les canaux de contournement du grand-morin (eh oui il en faut pour mettre à sec la rivière le temps des travaux) qui ont été creusés sont pleins d’eau venant de la nappe, à un niveau supérieur à celui du grand-morin. Autrement dit l’eau arrive tout de suite, il n’y a pas de stockage supplémentaire possible.
Maintenant sur le rôle positif des barrages :
– Ils permettent de rehausser la cote d’eau. C’est d’ailleurs le principe utilisé pour valoriser les zones humides.
– Par là même ils permettent le soutien d’étiage. Il faut penser aux sécheresses qui ne manqueront pas d’arriver, et on aura bien besoin des barrages en été pour avoir encore de l’eau dans nos rivières.
– Ils permettent de réguler la circulation des bras secondaires (essentiels à Crécy et à Coulommiers par exemple).
– Ils constituent un patrimoine autant par l’ouvrage que par l’agrément du plan d’eau qu’ils créent, arguments qui ne semble pas avoir conquis les élus de Mouroux qui sont à l’origine de cette demande de suppression. Ailleurs sur le grand-morin on aura une autre approche. L’idéologie rentre souvent en ligne de compte, le pour ou contre les vannages tient à la guerre de religion !
Maintenant il faut voir le projet dans son ensemble et la logique qui en est à l’origine.
La suppression d’un ouvrage a pour conséquence un affaissement des berges à l’amont. L’influence du barrage est de l’ordre d’un kilomètre. Quand on a des berges déjà fragiles, un lit incisé et une tendance de la rivière à creuser, c’est l’occasion de retravailler le lit de la rivière. On appelle cela l’hydromorphologie. On est obligé d’assécher la rivière pour y travailler, on refait des berges en pente douce, on fait des plantations pour tenir les berges, éventuellement on refait des méandres. Le résultat sera beau mais c’est ce qui coute le plus cher dans le projet. Ce n’est pas inutile, on travaille sur le long terme en améliorant la résilience de la rivière, sa capacité à se défendre elle-même face aux événements climatiques notamment.
A cela on rajoute une frayère le long de la rivière.
Aurait-on pu refaire l’hydromorphologie et la frayère sans supprimer le clapet ? Probablement mais c’est là qu’intervient un facteur qui fausse le débat : les subventions qui sont souvent conditionnées par le rétablissement de la continuité écologique, sujet toujours conflictuel.
Quels enseignements doit-on en tirer ?
On ne refera pas le passé sur ce projet qui est maintenant bien lancé. Le démarrage est très mal tombé à un moment où les habitants attendaient des actions contre les inondations, le projet qui démarre n’est justement pas fait pour ça, d’où une sacré déception, les réactions des associations et les échanges dans les médias.
Il faut surtout ne pas recommencer une telle expérience mais fixer d’autres règles :
– Lancer des projets parce qu’ils sont utiles et non parce qu’ils sont subventionnés. Pour les habitants, c’est de l’argent public donc leur argent quel que soit le montage financier.
– Prioriser les projets efficaces à court terme par rapport aux projets qui ont des objectifs long termes.
– Quantifier le gain que va apporter un projet par rapport à con cout.
– Communiquer en amont sur les projets et faire participer les habitants.
Une parenthèse sur l’hydromorphologie, qui coute si cher, et qui ne sera pas toujours subventionnée, il faut peut-être se poser un peu et réfléchir à des solutions plus rapides à mettre en œuvre et moins couteuses. On est demandeur d’innovations dans ce domaine, il en existe, il ne faut pas hésiter à oser.