Ces petits cours d’eau qu’on oublie… jusqu’à la crue
Rivières, ruisseaux, rûs, tous les cours d’eau ne se valent pas aux yeux de la loi. Et pourtant, les plus petits d’entre eux peuvent jouer un rôle significatif dans la dynamique des inondations.
– Qu’est-ce qu’un rû ?
Un rû est un petit cours d’eau, souvent étroit, parfois intermittent. On en trouve partout sur nos bassins versants, longeant des jardins, traversant des prairies, passant sous des routes. Ils alimentent les rivières principales et participent activement à l’écoulement des eaux lors des épisodes pluvieux intenses.
– Qui est responsable de leur entretien ?
La grande majorité des rûs sont des cours d’eau non domaniaux, ils n’appartiennent pas à l’État. La règle est alors simple en théorie : chaque propriétaire riverain est responsable de l’entretien jusqu’au milieu du lit.
Si les deux rives appartiennent à des propriétaires différents, chacun entretient sa moitié.
En pratique, cette obligation est souvent méconnue. Un rû peut traverser des dizaines de parcelles appartenant à autant de propriétaires différents, particuliers, agriculteurs, communes, dont beaucoup ignorent qu’ils ont une responsabilité légale d’entretien.
Quand personne n’intervient, le syndicat de rivière ou la collectivité compétente en matière de gestion des milieux aquatiques (GEMAPI) peut agir en substitution. Mais cela suppose une procédure, du temps, et des moyens.
– Pourquoi c’est important en cas d’inondation ?
Un rû mal entretenu, c’est :
∙ Un lit encombré de végétation dense qui ralentit l’écoulement
∙ Des embâcles, amas de branches, déchets, qui forment des barrages naturels
∙ Un débordement plus rapide et plus étendu en cas de forte pluie
∙ Une pression accrue sur les cours d’eau principaux en aval.
À l’échelle d’un bassin versant, la somme de petits rûs négligés peut contribuer à aggraver une crue sur la rivière principale.
Certains rûs ont été busés, couverts, ou ont progressivement disparu des cartes. Leur tracé est parfois illisible, leur responsabilité juridique disputée.
En zone urbaine, ils peuvent avoir été intégrés aux réseaux d’eaux pluviales communaux, changeant alors de régime juridique et de gestionnaire.
Cette invisibilité est elle-même un risque : on ne surveille pas ce qu’on ne voit plus.
C’est précisément parce que ces petits cours d’eau échappent aux radars institutionnels que la surveillance citoyenne a une valeur réelle. Nos référents de terrain sont souvent les premiers à observer un rû obstrué, un écoulement anormal, un embâcle en formation.
Ces observations alimentent notre connaissance du territoire et peuvent, transmises aux bons interlocuteurs, déclencher une intervention avant qu’il ne soit trop tard.
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2 commentaires
C’est exactement ma problématique du moment !
Et quand on cherche les propriétaires des parcelles traversées on tombe sur des gens qui parfois ne sont même pas au courant qu’ils sont propriétaires ( héritage ou simple oubli )ou alors des parcelles complètement à l’abandon avec des travaux lourds pour remettre en état tout les écoulements
La question est de savoir qu’est-ce qu’on entend par entretien d’un ru. Le fonctionnement n’est pas à confondre avec celui d’une rivière moyenne ou grande. On s’est posée la question du temps de l’ancien syndicat de l’entretien des affluents du grand-morin, donc des rus. Question reprise sous le SMAGE. On a suivi les rus de près pour bien comprendre les enjeux. L’erreur qu’on a failli commettre aurait été de reproduire le même schéma sur sur la rivière. Sur l’exemple du Mesnil qu’on a abordé en premier, sur les 2 derniers km en gros, soit la zone habitée, on a reproduit ce qu’on faisait sur le grand-morin, en s’adaptant à la taille du cours d’eau. Mais au-delà on n’est pas allé plus loin. Dans l’esprit de certains, c’est comme pour les fossés, il faudrait couper la végétation, voire même curer, tout ça pour que les écoulements soient facilités. Si on fait ça on augmente les inondations à l’aval. C’est le contraire qu’il faut faire, c’est ralentir l’eau et non créer des autoroutes à eau. Et du bois mort dans le ru dans un secteur où il n’y a pas d’enjeu va contribuer à ralentir la vitesse du ru. Ne nous trompons pas d’enjeu.