⚠️ Des petits bassins de rétention temporaire en construction sur le ru de la Fosse aux Coqs : ce que ça change
Vous avez peut-être connaissance de l’annonce du SMAGE des Deux Morin. Voici ce que cela signifie concrètement pour les habitants du Grand Morin et de Crécy-la-Chapelle :
C’est quoi, une Zone de Rétention Temporaire (ZRT) ?
Imaginez un grand “réservoir naturel” creusé dans les champs. Quand il pleut beaucoup, l’eau s’y accumule au lieu de dévaler directement vers les rivières. Puis elle est relâchée doucement, une fois le pic de crue passé. Résultat : moins d’eau d’un coup dans le Grand Morin, et moins de risque de débordement en aval.
Ce qui est en cours à Maisoncelles-en-Brie :
Deux ouvrages sont en construction sur le ru de la Fosse aux Coqs, un petit cours d’eau affluent du Grand Morin :
∙ ZRT3 (en amont) : les terrassements sont terminés, le talus de régulation est en cours de finition. Livraison prévue avril 2026.
∙ ZRT4 (en aval) : les travaux de terrassement viennent de démarrer. Livraison prévue juin 2026.
Ensemble, ces deux bassins pourront stocker jusqu’à 34 000 m³ d’eau — soit l’équivalent d’environ 14 piscines olympiques.
Est-ce suffisant face à une grande crue ? 🤔Soyons honnêtes :
34 000 m³, c’est une capacité réelle, et ces travaux sont utiles — personne ne le nie. Pour les crues de ruissellement ordinaires, celles qui surviennent régulièrement après de fortes pluies locales, ces ZRT joueront leur rôle.
Mais posons la question que tout le monde devrait se poser : que se passera-t-il si une tempête comme Kirk revient ?
En octobre 2024, le Grand Morin a transité des volumes de l’ordre de plusieurs dizaines de millions de m³ sur l’ensemble du bassin versant en quelques jours…
Face à cela, 34 000 m³ représentent moins de 0,2 % du volume en jeu…
Ce n’est pas une critique gratuite — c’est un ratio qui mérite d’être dit publiquement, parce que les habitants de Crécy-la-Chapelle, de Couilly et de toutes les communes du Grand Morin méritent une information honnête.
Ces ouvrages ne sont pas conçus pour protéger contre les grandes crues ou les crues exceptionnelles. Ils sont utiles pour l’entretien courant du ru et les épisodes pluvieux classiques. Mais leur communication officielle laisse entendre une protection qui n’existe tout simplement pas pour les événements rares et dévastateurs. Et le risque, en laissant penser que “le problème est traité”, c’est que des familles baissent la garde.
La vraie protection contre une crue majeure, ce n’est pas un ouvrage isolé. C’est un réseau dense de ZRT sur tout le bassin versant, une restauration sérieuse des zones humides, un entretien rigoureux des cours d’eau — et surtout, une culture du risque partagée par tous : savoir que le danger existe, comprendre les signaux, et pouvoir réagir à temps.
C’est exactement aussi pour cela que VigiCrécy® existe.
Ces ZRT représentent donc une contribution utile pour les crues de ruissellement courantes — mais elles ne constituent pas, à elles seules, une protection suffisante.
La comparaison aux piscines olympiques
(2 500 m³ chacune) rend le volume concret pour le grand public. La mise en perspective honnête sur Kirk
C’est pourquoi VigiCrécy® argumente, agit, et lutte sans violence pour ou contre, avec une approche globale : davantage de ZRT, une meilleure gestion des zones humides.
Maintenant, pour ceux qui veulent en savoir plus :
Le ru de la Fosse aux Coqs est un affluent rive droite du Grand Morin, long de 9,6 km.
Aucune station de jaugeage publique ne lui est dédiée — il n’y a pas de débit officiel documenté en ligne pour ce ruisseau. On peut néanmoins l’estimer par proportionnalité hydrologique :
Le Grand Morin a un débit moyen de 7,61 m³/s pour un bassin versant de 1 197 km² . Le bassin versant du ru de la Fosse aux Coqs est de l’ordre de 15 à 25 km² (estimation à partir de sa longueur et de la morphologie du territoire de Crécy/Voulangis).
Par proportionnalité :
∙ Débit d’étiage normal : de l’ordre de 0,1 à 0,2 m³/s (100 à 200 l/s)
∙ En crue décennale : probablement 1 à 3 m³/s selon les études Cemagref/SESAER sur les affluents rive droite
∙ En crue type Kirk (> 50 ans de retour) : possiblement 3 à 6 m³/s au pic, soit 10 000 à 20 000 m³/heure déversés dans le Grand Morin
Les 34 000 m³ des ZRT3 + ZRT4 face à la crue Kirk :
Voici où le calcul devient sévère :
La crue Kirk est de fréquence de retour très largement supérieure à 50 ans pour le Grand Morin, dont le niveau a dépassé celui de la crue de référence de 2016. Sur l’ensemble du bassin versant, les deux crues de décembre 2023 à Couilly représentaient déjà
25 380 000 m³ d’eau écoulée. Kirk était d’une magnitude supérieure.
Ce que ces travaux apportent réellement
Il faut être honnête : ces ZRT ont une utilité mais très localisée et limitée :
– Ce qu’elles font bien : écrêtage du pic initial sur le ru de la Fosse aux Coqs, protection des premières habitations riveraines de ce ruisseau (secteur aval de Voulangis/Crécy côté rive droite), effet d’atténuation sur les petites crues hivernales récurrentes.
– Ce qu’elles ne font pas : face à une crue type Kirk, avec des cumuls de pluie atteignant 70 mm localement en une journée sur des sols déjà saturés, et un bassin versant “relativement petit” mais à “encaissement accentué qui favorise le ruissellement rapide des eaux” .
Dans ce contexte, retenir 34 000 m³ pendant 2 à 3 heures, c’est une variation tellement infime par rapport aux flux en jeu qu’elle est indétectable sur les courbes de débit du Grand Morin à Crécy ou à Couilly. Les balises Vigicrues ne verront aucune différence. Les niveaux d’inondation en aval ne seront pas modifiés de manière mesurable.
34 000 m³ disparaissent dans le bruit hydraulique général (c’est comme vider un seau de 34 litres dans une piscine olympique qui déborde. Le niveau de la piscine n’a pas changé de façon mesurable.).
Résumons : Le ru de la Fosse aux Coqs débite plusieurs m³/s en pleine crue Kirk. Les bassins ZRT3+ZRT4 (34 000 m³) se remplissent donc en 2 à 3 heures maximum, puis ne servent plus à rien pour le reste de l’épisode qui dure 48 à 72 heures. Cela représente 0,13 % du volume d’une crue majeure — un ratio invisible sur les courbes de débit du Grand Morin. Ces ouvrages sont utiles pour les petites crues récurrentes et la protection locale du ruisseau, mais ils n’apportent aucune protection mesurable face à un événement de type Kirk. La communication sur ces travaux ne doit pas laisser croire aux riverains qu’ils sont protégés contre les crues extrêmes.
#VigiCrécy #GrandMorin #Inondations #ZRT #Maisoncelles #CrécylaChapelle #PréventionCrues
8 commentaires
Très pédagogique
C est tres bien. Il faudrait eventuellement reflchir à un bassin de rétention à la place du centre equestre de saint germain sur morin. Je precise que ce centre equestre est înondable. Déplacer ce centre pourrait être une idée. Quelle soit fausse ou pas cela merite une reflexion
Merci pour cette imtante mise au point!
J’aimerais savoir si une carte avec les noms des rûs serait disponible car j’entends bcp de noms mais je ne sais absolument pas où ils commencent et où ils se situent merci bcp bonne journée
Merci pour cette publication détaillée, qui a le mérite de contribuer à la compréhension des enjeux hydrauliques sur notre territoire.
Il est toutefois important de rappeler un point essentiel : à aucun moment le SMAGE des Deux Morin n’a affirmé que les ouvrages en cours, notamment les ZRT du ru de la Fosse aux Coqs, permettraient à eux seuls de résoudre l’ensemble des problématiques d’inondation du bassin versant.
Ces aménagements constituent une première étape, concrète, dans une stratégie globale de gestion du risque inondation. Oui, leur impact est localisé, oui ils sont dimensionnés pour des crues courantes — et cela est parfaitement assumé. Mais il faut bien commencer par quelque chose.
La lutte contre les inondations repose sur une accumulation de solutions : multiplication des zones de rétention, restauration des zones humides, travaux sur les cours d’eau, amélioration des écoulements… Aucun ouvrage isolé ne peut répondre à lui seul à des événements exceptionnels.
Ces ZRT ne sont donc pas une finalité, mais bien le point de départ de travaux d’ampleur engagés sur l’ensemble du territoire du Grand Morin, qui vont se poursuivre dans les années à venir, j’en suis convaincu.
Il est par ailleurs difficile d’entendre, dans le même temps, que le SMAGE « ne fait rien » et, lorsque des travaux sont engagés, qu’ils « ne servent à rien ». La réalité est plus nuancée : les travaux sont en cours, d’autres sont programmés, et une stratégie globale est à l’œuvre.
Vous pouvez compter sur les élus pour que le SMAGE agisse, de manière progressive, structurée et responsable, face à des phénomènes complexes qui nécessitent du temps, des moyens et une vision à long terme.
Sur les calculs c’est plus complexes. Les débits de la fosse aux coqs au droit de la ZRT3 et de la ZRT4 ont été pris en compte dans la modélisation qui intègre la description détaillée des éléments de terrain du ru et du grand-morin. Faire tourner un tel modèle prend plusieurs jours et donne des résultats qu’on peut difficilement comparer à une règle de trois. Ci-joint le chronogramme de la ZRT4. Le principe est de lisser le débit, pas de faire du stockage pour du stockage. Quand le débit est faible ou moyen, l’eau passe normalement. La retenue n’est effective que quand le débit devient important. Le but étant de répartir le débit dans le temps, l’eau devra de toutes façons passer mais sur une période plus longue. Effectivement si on bloque l’eau et qu’on la relache trop vite, ça ne sert strictement à rien. Pour rappel lors de l’épisode de octobre 2024, l’inondation dans le secteur de Crécy est intervenue 15h après la fin de la pluie. Il ne faut donc par relacher trop vite. Dans les faits, le ru ne monte pas en charge tout de suite, et le débit est naturellement déjà lissé dans le temps du fait des drainages. On constate toujours que le ru est très actif au pont de la chapelle pendant plusieurs jours, ce n’est pas un pic aussi marqué comme le diagramme de pluie théorique l’indique. Limiter le débit et donc retarder les arrivées d’eau (au-delà du pic de crue c’est essentiel) permettra de gagner quelques petits centimètres
Après, il ne s’agit ici que des deux premières ZRT 😉. Une dizaine d’autres aménagements sont prévus sur les bassins versants des affluents du Grand Morin.
Après il faut bien choisir un niveau de dimensionnement. Viser un niveau centennal (Kirk) pour du seul ruissellement agricole, c’est peut-être dimensionner des ouvrages trop grands pour une période de retour très rare. La trentennale est déjà un niveau très acceptable pour la majorité des évènements météorologiques.
Maintenant en effet il ne faut pas non plus faire croire aux gens que ces ZRT vont résoudre tous les problèmes. Il faut aussi inculquer la culture du risque.
Il y a eu un étang à cet endroit, pourquoi avait-il été enlevé ?