Série « Villages des Deux Morin » – épisode 1 :
LA FERTÉ GAUCHER
La Ferté-Gaucher, ville d’histoire au fil du Grand Morin…
La Ferté-Gaucher n’est pas née par hasard.
Elle s’est construite patiemment, sur une terre façonnée par le Grand Morin, rivière ancienne, structurante, profondément ancrée dans le territoire.
Depuis le Moyen Âge, La Ferté-Gaucher est un lieu de passage, d’échanges et de travail.
Bourg fortifié à l’origine, la ville s’est développée autour de ses activités agricoles et artisanales, s’inscrivant durablement dans une histoire rurale vivante, faite de labeur, de liens et de transmission.
Le Grand Morin y a toujours occupé une place centrale.
Il a nourri les terres, accompagné les métiers, structuré l’espace et le paysage.
Rivière discrète mais essentielle, il est un acteur silencieux de la vie locale, présent dans la mémoire collective comme dans le quotidien des habitants.
À La Ferté-Gaucher, le temps long se lit dans les pierres, dans les rues, dans cette capacité à traverser les siècles sans jamais renier son identité.
Mais l’histoire d’un territoire n’est jamais figée…
Août 1944 : une ville entre drame et salut
Libérée le 27 août 1944, La Ferté-Gaucher aurait pourtant pu être rayée de la carte.
Elle ne doit son salut qu’au courage d’un jeune habitant, resté anonyme, dont l’acte héroïque a sauvé la ville entière.
Au lendemain du 25 août 1944, tandis que Melun est déjà libérée, La Ferté-Gaucher reste occupée.
Environ 400 soldats allemands, appuyés par des tanks, tiennent la ville tout en préparant leur retraite. La tension est extrême. Les habitants vivent sous la menace constante, et certains en paieront le prix.
Le dimanche 27 août, alors que les blindés allemands circulent dans les rues dans l’attente de l’assaut allié prévu dans l’après-midi, trois jeunes Français sont arrêtés :
André Paillard (21 ans), Edmond Lourdin (18 ans) et Raymond Croc (20 ans).
Ils rentrent d’un café situé place de l’Hôtel de Ville, près de l’actuelle Poste, lorsqu’ils sont interpellés par une patrouille allemande à hauteur du monument aux morts.
Tous trois travaillent dans une ferme à Buternet, sur la commune de Saint-Barthélemy, mais sont soupçonnés d’appartenir aux Forces Françaises de l’Intérieur (F.F.I.).
Après une tentative d’évasion, ils sont arrêtés, torturés, puis conduits à la tuilerie Gauthier — aujourd’hui ferme Perche — où ils sont exécutés de sang-froid, quelques heures seulement avant la Libération.
Un mois plus tard, le conseil municipal décidera d’apposer une plaque commémorative à l’endroit de leur mort, afin d’honorer la mémoire de ces trois jeunes Fertois.
Une ville sauvée in extremis…
Pendant ce temps, aux alentours de 16 heures, les premiers coups de feu retentissent aux abords de la ville. Les habitants se réfugient dans les caves.
Pour faciliter l’assaut, l’aviation américaine envisage alors de bombarder La Ferté-Gaucher, pensant la ville évacuée — ce qui n’est pas le cas…
Selon l’historien local Michel Lefort, la ville ne doit son salut qu’au courage d’un jeune Fertois, dont l’identité demeure inconnue.
Ce dernier aurait escaladé les Grosses Pierres, puis couru à travers champs pour prévenir les Alliés que la population se trouvait encore sur place.
Peu après, plusieurs bombardiers survolent la ville… mais aucune bombe ne tombe.
La Ferté-Gaucher est épargnée, ses habitants sauvés.
Les combats terrestres débutent néanmoins dans la soirée.
Vers 19 heures, la « D Troop » de la 87e division du Cavalry Reconnaissance Squadron atteint la gare.
À 21 heures, les tanks alliés entrent dans la ville, tandis que les troupes allemandes battent en retraite. Les ponts, minés, ne s’effondrent pas.
Quelques heures plus tard, la ville connaît enfin un moment de joie.
Les habitants descendent dans les rues, agitent des drapeaux français, accueillent les soldats américains, reçoivent chewing-gums, cigarettes et chocolat.
La Ferté-Gaucher est libre.
Du passé à aujourd’hui : une histoire qui continue :
Oui, l’histoire d’un territoire n’est jamais figée.
Ces dernières années, et plus particulièrement en 2024, le Grand Morin a rappelé avec force qu’il reste une rivière vivante, puissante, parfois imprévisible.
Les épisodes d’inondations ont frappé la ville, touchant des quartiers entiers, des habitations, des vies. Elles resteront dans l’Histoire…
Pour les habitants, il ne s’agissait pas d’un événement isolé, mais d’une épreuve qui s’inscrit dans la durée :
celle de l’eau qui revient, celle de la vigilance permanente, celle de l’inquiétude qui s’ajoute à la fatigue.
Et pourtant, La Ferté-Gaucher ne se résume pas à ces épreuves.
Elle demeure une ville de résistance, de solidarité et de mémoire.
Une ville profondément attachée à son territoire et à son histoire.
Parler aujourd’hui de La Ferté-Gaucher, c’est rappeler qu’un territoire riche de son passé mérite une prévention à la hauteur de ce qu’il est. C’est reconnaître que le passé, le présent et l’avenir sont intimement liés le long du Grand Morin, et plus largement au sein du bassin versant des Deux Morin.
VigiCrécy adresse une pensée respectueuse à l’ensemble des habitants de La Ferté-Gaucher.
Votre ville porte une histoire forte.
Elle mérite d’être comprise, protégée et considérée dans toute sa profondeur.
8 commentaires
Bon je dois intervenir pour 2 raisons.
D’abord tu as oublié de signaler que c est aussi la ville qui m’a vu naître ! Grave lacune dans ce texte pourtant très riche d’intérêt.
Mais et c est plus gênant, tu as placé le panneau indicateur « La Ferte-Gaucher » au beau milieu du pont de la ville, en plein centre de Coulommiers d’ou cette belle vue sur le théâtre colummérien.
Sans rancune …
Un Fertois, Créçois @
Aurelien Monnerat
La Ferté-Gaucher – Renouveau
Là où je suis née 🥰
j’y suis née à la Ferté – Gaucher et j’en suis fière, la dernière avant fermeture définitive de la maternité
Merci pour cette page d’histoire , qui je pense , reste non connue pour beaucoup d’entre nous.
Jouy-sur-Morin, Histoires et Patrimoine où puis-je vous envoyer ma publication prévue sur jouy-sur-Morin svp ?
Envoie ce message a. M. Corcssiin michel