→ Question 3/5 — Jusqu’où curer les cours d’eau ?
Un entretien ciblé est utile. Un curage généralisé peut se retourner contre nous.
Le curage consiste à retirer du lit du cours d’eau les sédiments, végétaux ou obstacles qui s’y sont accumulés. C’est une pratique ancienne, parfois nécessaire, mais qui a des effets secondaires importants qu’il faut connaître avant d’agir.
Il y a des situations où le curage est clairement utile, et personne ne le conteste. Quand un embâcle bloque l’écoulement près d’un pont, d’un seuil ou d’un secteur habité, il faut l’enlever.
Quand des dépôts artificiels — gravats, remblais sauvages, déchets de chantier — réduisent la section du cours d’eau, il faut les retirer.
Quand un atterrissement détourne le courant et menace de saper une berge habitée ou un ouvrage, il faut intervenir.
Tout cela relève d’un entretien légitime et nécessaire.
Mais dès que le curage devient systématique ou linéaire — c’est-à-dire qu’on cure des centaines de mètres pour « être tranquille » — il commence à créer des problèmes plutôt qu’à en résoudre.
Un lit curé évacue plus vite, ce qui aggrave les communes aval.
Le cours d’eau, déséquilibré, se met à « creuser » son lit en amont pour compenser : ce phénomène appelé érosion régressive déstabilise les berges, mine les fondations des ponts et fragilise les ouvrages anciens.
Un lit approfondi draine aussi la nappe d’accompagnement, ce qui assèche les puits et les prairies en été. Et au passage, on détruit les habitats des poissons, la ripisylve, les zones de refuge pour la faune.
Le Code de l’environnement, dans son article L.215-14, impose au riverain l’entretien régulier du cours d’eau. Mais cet entretien y est défini comme « élagage et recépage de la végétation, enlèvement des embâcles et débris ». Le législateur n’a jamais demandé aux riverains de curer systématiquement le lit. Et tout curage important nécessite d’ailleurs une déclaration ou une autorisation auprès de la DDT.
À retenir : entretenir, oui.
Curer ponctuellement quand c’est réellement nécessaire, oui.
Mais éviter les interventions linéaires généralisées qui déplacent le problème plutôt qu’elles ne le résolvent.
→ Demain : comment entretenir sans aggraver les crues ailleurs ?
#VigiCrecy #DeuxMorin #CoursDeau
5 commentaires
Tout cela est exact. En fait retirer les embâcles, corps étrangers et atterrissements n’est pas considéré comme du curage et est permis.
j’ai 60 balais et j’ai jamais vu de curage sur le grand morin, il serait temps d’agir
VigiCrécy
Une fois de plus je vous dis merci. J’apprends un peu plus à chacune de vos interventions. C’est très intéressant.
Un exemple rapide : Condé st lubiaire des deux côtés du pont.
Curer une rivière c’est la tuer, nous avons des tas d’exemples, curé une rivière c’est la tuer