L’importance d’un sol vivant pour éviter les inondations…
Un sol vivant est l’un des meilleurs remparts naturels contre les inondations. On parle souvent des rivières, des digues ou des bassins de rétention, mais en réalité la première infrastructure hydraulique est le sol lui-même… Si vous avez quelques minutes, suivez-nous à travers les champs et les pâtures, on vous dit tout 😉
Voici pourquoi :
1. Un sol vivant agit comme une éponge
Un sol riche en matière organique, racines, vers de terre et micro-organismes, possède une structure grumeleuse pleine de petits pores.
Résultat : l’eau s’infiltre rapidement et elle est stockée temporairement dans le sol. Elle alimente les nappes au lieu de ruisseler vers les rivières.
Un hectare de sol bien structuré peut retenir plusieurs centaines de milliers de litres d’eau après une pluie intense.
À l’inverse, un sol compacté ou appauvri devient presque imperméable : l’eau glisse en surface et alimente immédiatement le ruissellement.
2. Les racines et les vers de terre creusent des drains naturels
Dans un sol vivant, les racines créent des galeries verticales et les vers de terre creusent des réseaux pouvant atteindre plusieurs mètres de profondeur.
Ces galeries deviennent de véritables conduits d’infiltration qui permettent à l’eau de pénétrer profondément dans le sol plutôt que de partir en crue.
Dans certaines prairies riches en vers de terre, l’infiltration peut être 10 à 100 fois plus rapide que dans un sol compacté…
3. La végétation ralentit l’eau
La couverture végétale freine la pluie avant qu’elle touche le sol, ralentit l’écoulement de surface et stabilise la terre grâce aux racines.
C’est pourquoi les prairies, les haies, les bandes enherbées et les fossés végétalisés, jouent un rôle majeur pour limiter les crues locales.
4. Les sols dégradés amplifient les inondations
Lorsque les sols sont labourés trop profondément, compactés par les engins, laissés nus l’hiver, artificialisés (routes, parkings, zones urbaines), leur capacité d’absorption chute fortement.
L’eau arrive alors beaucoup plus vite dans les rivières, ce qui augmente le risque de crue.
5. Restaurer les sols est une stratégie anti-inondation
Les solutions sont souvent simples :
1) maintenir un couvert végétal,
2) favoriser les prairies et les haies,
3) limiter le compactage des sols,
4) restaurer les zones humides et fossés végétalisés
5) augmenter la matière organique dans les terres agricoles.
Ces mesures transforment les sols en réservoirs d’eau naturels capables d’absorber les pluies extrêmes.
Résumons :
Un sol vivant agit comme une éponge, un filtre et un régulateur hydraulique et là où les sols sont riches et structurés, l’eau s’infiltre. Là où ils sont dégradés ou imperméabilisés, elle ruisselle et provoque des inondations 🤷♀️
Question bête : si les vers de terre creusent des galeries envahies par l’eau, que deviennent-ils lors d’inondations ? 🤔
Ce n’est pas du tout une question bête, au contraire. Les vers de terre sont très sensibles à l’eau et à l’oxygène du sol, et leur comportement lors d’une inondation est assez fascinant.
1. Les vers de terre respirent par la peau
Ils n’ont ni poumons ni branchies. Ils respirent grâce à l’oxygène dissous dans l’humidité de leur peau.
Quand le sol est gorgé d’eau, l’oxygène disparaît progressivement.
S’ils restent trop longtemps dans un sol saturé, ils risquent l’asphyxie.
2. Ils remontent alors à la surface pour chercher de l’oxygène et éviter les galeries noyées.
C’est pour cela qu’après une grosse pluie ou lors d’une inondation on voit souvent beaucoup de vers sur les chemins ou les routes.
Le problème est qu’à la surface ils sont exposés aux oiseaux, au dessèchement et aux voitures. 😱
3. Certaines espèces supportent mieux l’eau, tous les vers de terre ne réagissent pas pareil.
On distingue trois grands groupes, aux noms dignes de la saga la Guerre des Étoiles :
• Les Épigés, qui vivent dans la litière (feuilles mortes). Ils fuient vite l’eau.
• Les Endogés qui vivent dans le sol superficiel. Ils peuvent tolérer un sol humide.
• Les Anéciques, comme le célèbre Lumbricus terrestris, qui creuse des galeries profondes. Ceux-ci peuvent descendre plus profondément si l’eau arrive par le dessus.
4. Les inondations prolongées peuvent décimer les populations et ça, c’est moins drôle…
Si l’eau reste plusieurs jours ou semaines, beaucoup de vers meurent par manque d’oxygène et cela peut entraîner une baisse de la fertilité du sol et une moins bonne infiltration de l’eau par la suite.
C’est une des raisons pour lesquelles les sols vivants mais bien drainés sont importants : ils limitent les stagnations d’eau prolongées.
Les vers sortent aussi pendant les pluies pas seulement pour fuir l’eau, mais parce que le sol humide leur permet de se déplacer en surface sans se dessécher pour coloniser de nouveaux endroits.
En résumé : quand les galeries se remplissent d’eau, les vers remontent à la surface pour respirer. Mais lors d’inondations longues, beaucoup ne survivent pas.
Une terre saine est une terre qui protège…
Un commentaire
Prendre soin des sols est la première mesure à prendre pour lutter contre les inondations, l’amélioration des capacités de production agricole, nos réserves dans les nappes d’eau souterraines et la qualité de l’eau potable.
Souhaitons que vous soyez entendu par les nouvelles autorités, car la prévention est bien moins coûteuse que des travaux sur la rivière qui ne sont pas résistants aux aléas (Cf Mouroux).