Série « Villages des Deux Morin » épisode 25 La Ferté-sous-Jouarre (Chapitre 1)
La Ferté-sous-Jouarre… une histoire impossible à raconter en une seule publication.
Certaines communes livrent leur histoire en quelques pages. D’autres demandent un peu plus de temps.
La Ferté-sous-Jouarre fait partie de ces villes dont chaque siècle a laissé une empreinte : une ville née sur les deux rives de la Marne, marquée par les guerres de Religion, traversée par les armées de Napoléon, ouverte à des communautés venues enrichir son histoire, et devenue au XIXᵉ siècle la capitale mondiale de la pierre meulière, dont les meules ont voyagé jusqu’aux quatre coins du monde.
À cela s’ajoutent un patrimoine exceptionnel, des paysages façonnés par les hommes puis reconquis par la nature, et une histoire intimement liée à la Marne, qui accompagne la ville depuis sa naissance.
Raconter La Ferté-sous-Jouarre en une seule publication serait passer à côté de ce qui fait sa richesse.
Nous avons donc choisi de vous la faire découvrir pas à pas, au fil de plusieurs épisodes. Chaque publication sera une nouvelle page d’un récit où la grande Histoire rencontre les histoires de celles et ceux qui ont façonné cette ville au cours des siècles.
Bienvenue à La Ferté-sous-Jouarre… là où chaque pierre, chaque rue et chaque rive de la Marne ont quelque chose à raconter.
Épisode 1 – ; Lorsque la pierre de La Ferté fit tourner le monde et les hommes qui parlaient à la pierre :
Il suffit parfois d’une pierre pour écrire le destin d’une ville et à La Ferté-sous-Jouarre, cette pierre existe.
Pendant des siècles, elle dormit sous les bois et les coteaux, sans laisser deviner la richesse qu’elle renfermait. Puis les hommes découvrirent une qualité exceptionnelle : une pierre d’une dureté remarquable, capable de résister à l’usure tout en broyant le grain avec une précision incomparable.
La pierre meulière de La Ferté était née.
Peu à peu, sa réputation franchit les frontières de la Brie.
Des carrières s’ouvrirent, des ateliers s’installèrent, des générations d’ouvriers apprirent à reconnaître le moindre défaut de la roche, à assembler plusieurs blocs avec une précision presque invisible, jusqu’à créer ces immenses meules qui feraient la renommée de la ville.
Les convois descendaient ensuite vers la Marne.
Là, les lourdes pierres étaient chargées sur des bateaux. Elles quittaient La Ferté pour rejoindre les moulins de France, puis ceux d’Europe… avant de traverser les océans.
On retrouve encore aujourd’hui des meules fertoises en Espagne, en Italie, en Allemagne, en Amérique du Sud, en Australie et jusque dans les paysages lointains de Nouvelle-Zélande.
Peu de villes peuvent dire que leur sous-sol a nourri une partie du monde.
Au XIXᵉ siècle, La Ferté-sous-Jouarre devient ainsi la capitale mondiale de la pierre meulière.
Son nom voyage bien au-delà de la Marne.
Il accompagne les farines, les boulangeries, les moulins et les récoltes. Dans de nombreux pays, lorsqu’une meule arrivait de La Ferté, elle portait avec elle une réputation d’excellence construite par des générations d’hommes et de femmes dont le savoir-faire était reconnu dans le monde entier.
Aujourd’hui, les carrières se sont tues.
Mais lorsque l’on se promène dans les bois ou que l’on découvre les anciennes traces de cette activité, on comprend que ces lieux racontent encore quelque chose. Ils rappellent qu’avant d’être une simple pierre, la meulière fut une aventure humaine.
Une aventure née ici, sur les bords de la Marne, et qui fit voyager le nom de La Ferté-sous-Jouarre jusqu’aux quatre coins du monde !
Avant de devenir une meule capable de nourrir des milliers de familles, la pierre n’était qu’un silence enfoui sous la terre. Il fallait des hommes pour la trouver.
Dès l’aube, les carriers rejoignaient les coteaux de La Ferté-sous-Jouarre. Leur travail demandait bien plus que de la force. Il fallait de l’expérience, de la patience et un regard que seuls les anciens savaient transmettre.
Toutes les pierres ne se ressemblaient pas.
Au premier coup d’œil, elles semblaient identiques. Pourtant, certaines cachaient une fissure invisible, d’autres un défaut qui les rendait inutilisables. Les meilleurs carriers apprenaient à les observer, parfois même à les écouter. Un son plus clair, un son plus sourd… la roche révélait déjà une partie de son secret.
Lorsqu’un bon bloc était découvert, commençait alors un travail long et minutieux.
La pierre était dégagée avec précaution, puis extraite sans la briser. Chaque erreur pouvait anéantir plusieurs jours d’efforts, rien n’était laissé au hasard.
Les plus grandes meules n’étaient d’ailleurs pas taillées dans un seul bloc. Elles étaient assemblées à partir de plusieurs morceaux parfaitement ajustés, maintenus par un ingénieux système de cerclage. Une fois terminée, l’assemblage devenait presque invisible. Cette maîtrise faisait la réputation de La Ferté-sous-Jouarre.
Ce n’était pas seulement la qualité exceptionnelle de la pierre qui était recherchée, c’était aussi le savoir-faire des hommes qui savaient la transformer.
Pendant des générations, des familles entières ont vécu au rythme des carrières. Le métier se transmettait souvent de père en fils. On n’apprenait pas seulement à manier les outils, on apprenait à respecter la pierre.
Aujourd’hui, lorsque l’on se promène dans les anciens sites d’extraction, les fronts de taille, les excavations et les blocs abandonnés semblent presque endormis.
Pourtant, ils racontent encore cette époque où des hommes, avec leur seule expérience et leurs mains, ont donné à La Ferté-sous-Jouarre une renommée qui dépassait largement les frontières de la France.
Car avant d’être une capitale mondiale de la pierre meulière, La Ferté fut d’abord le royaume des carriers.
Et leur plus bel héritage n’est peut-être pas seulement la pierre qu’ils ont extraite…
C’est le savoir-faire qu’ils ont laissé derrière eux.
À suivre… 😉
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11 commentaires
Bonsoir ,merci beaucoup pour ce moment d histoire.
Nathalie Deoliveira Jarry Mickael Fernandes
Merci , très intéressant, on attend la suite. Courage.
Merci, très intéressant.
Ci-joint une photo du bord de Marne à La Ferté sous Jouarre prise en avril 26. Bonne journée
Super travail, merci🌺
FÉLICITATIONS pour ce beau reportage
Pensez à visiter le musée de Saint Cyr sur Morin où tout est expliqué au sujet de la pierre meulière et la réalisation des roues soit monobloc les 1eres réalisées soit les roues dites à » l’anglaise » faites de plusieurs carreaux de pierre assemblés en roue ce qui permettait de ne changer que la partie usée et recréer une roue neuve
On peut déplorer que la ville de la Ferté sous Jouarre n’ait pas classé l’usine en bord de Marne qui a pratiqué cette activité si longtemps et était un pôle économique important. Ce lieu exceptionnel aurait pu être un musée, une mémoire de l’activité puisque la ville se revendique » capitale mondiale de la meule » ce qui est vrai. Au lieu de cela, une grande partie des bâtiments de l’usine ont été détruits, un vrai sacrilège pour mettre à la place une moyenne surface alimentaire horrible !! C’était un patrimoine à protéger et valoriser, les élus qui en ont décidé autrement n’ont rien compris, aucun respect des anciens Fertois qui ont travaillé là et pire la destruction de l’histoire industrielle de la ville !!! Honte à cette municipalité là qui aurait pu faire le choix de sauver le patrimoine et demander des subventions, ce qu’il était possible d’obtenir encore il y a quelques années
Carinne Didier Gustave Blomme bonne lecture🥰
Merci superbe
🤩😻
Il est dommage que les élus de la Ferté n’aient pas eu le respect essentiel de sauvegarder l’histoire de cette ville !!! Comment leur faire remarquer qu’ils ont raté ce qu’ils devaient absolument sauvegarder?? Les souvenirs, le respect de l’histoire, la justification du passé, n’a pas été respecté et, c’est condamnable!!!
Merci pour cette belle photo de le Ferté ma ville