Série « Villages des deux Morin » épisode 26 : La Ferté-Sous-Jouarre (Chapitre 2)
Le Port aux Meules : le quai d’où la pierre partait à la conquête du monde !
Si vous vous promenez aujourd’hui le long de la Marne, vous passerez sans doute devant le Port aux Meules.
Peut-être même sans imaginer qu’il fut, pendant plusieurs siècles, l’un des lieux les plus importants de La Ferté-sous-Jouarre.
C’est pourtant d’ici que partaient les célèbres meules qui ont fait la renommée de la ville à travers le monde.
À l’origine, ce n’était qu’une simple grève, une berge en pente où les embarcations venaient charger leur précieuse cargaison. Dès le XVIᵉ siècle, les meules y étaient entreposées avant leur départ. Puis, avec l’essor de l’industrie meulière, le site devint un véritable port, entièrement dédié à leur expédition.
Imaginez maintenant la scène, il y a près de deux siècles…
À l’aube, les chariots arrivent lentement au Port aux Meules. Les chevaux peinent sous le poids des pierres. Les ouvriers roulent les meules jusqu’au bord de la Marne. Les chalands attendent, amarrés contre le quai. Puis, dans un grincement de cordages et de poulies, une meule quitte enfin la terre de Brie.
Le courant l’emportera vers Paris, puis vers les grands ports maritimes, avant de poursuivre son voyage jusqu’en Espagne, en Italie, en Allemagne… mais aussi en Amérique du Sud, en Australie, et jusque dans les moulins de Nouvelle-Zélande.
Tout ce voyage commence ici… Sur cette rive paisible de la Marne.
Le Port aux Meules cache pourtant un autre secret, que beaucoup de Fertois ignorent encore.
Le quai que nous admirons aujourd’hui n’est pas construit avec des pierres ordinaires. Son mur de soutènement est constitué d’environ cinq cents meules. Certaines présentaient une fissure ou un défaut qui les empêchait d’être vendues. Plutôt que de les abandonner, elles furent réemployées pour bâtir ce quai, offrant à ces pierres une seconde vie.
Quelle belle image…
Celles qui ne partirent jamais faire tourner les moulins du monde sont restées ici, à La Ferté-sous-Jouarre. Elles sont devenues les gardiennes silencieuses de cette extraordinaire aventure industrielle.
Alors, la prochaine fois que vous longerez la Marne, arrêtez-vous un instant devant le Port aux Meules 😉
Vous ne verrez plus seulement un quai. Vous regarderez le lieu d’où le nom de La Ferté-sous-Jouarre est parti à la conquête du monde !
Et un jour, la pierre restitua la place à la nature…
Le bruit des outils résonnait donc dans les carrières de La Ferté-sous-Jouarre, des centaines d’hommes y travaillaient. Cette si belle pierre, extraite, taillée, assemblée dont chaque bloc était destiné à devenir une meule et, qui quittait un paysage façonné par des générations de carriers.
Puis, peu à peu, un jour, les carrières se sont tues…
Les outils ont disparu.
Les chevaux ont cessé de tirer les lourds chariots.
Le silence est revenu.
Mais la nature, elle, n’aime pas le vide !
Là où les hommes avaient ouvert la roche, les arbres ont commencé à s’installer. Lentement, sans bruit, ils ont reconquis les lieux.
Aujourd’hui, dans le bois de la Barre, il faut parfois regarder attentivement pour deviner que ce paysage est aussi l’héritage d’une activité industrielle exceptionnelle.
Les anciennes excavations sont toujours là, discrètes, comme les pages d’un livre resté ouvert.
Aujourd’hui, de grands chênes ont repris possession des anciennes carrières, offrant un refuge à une biodiversité remarquable.
Le robinier faux-acacia a colonisé certains secteurs, tandis que le très rare sureau à grappes trouve encore sa place dans ce milieu redevenu forestier.
Au bord des chemins, une petite fleur protégée attire l’œil des promeneurs les plus attentifs : le grémil bleu pourpre, une espèce rare que l’on ne rencontre que dans quelques endroits privilégiés.
Et lorsque la pluie remplit les mares dissimulées entre les anciens fronts de taille, une autre habitante discrète retrouve son royaume : la salamandre tachetée.
Ces carrières racontent aujourd’hui deux histoires à la fois.
La première est celle des femmes et des hommes qui ont donné à La Ferté-sous-Jouarre une renommée internationale grâce à leur savoir-faire.
La seconde est celle d’une nature qui, avec le temps, a transformé ces lieux de travail en refuges pour une biodiversité remarquable.
L’une n’efface pas l’autre, au contraire, elles se complètent.
Car à La Ferté-sous-Jouarre, les anciennes carrières ne sont pas seulement des vestiges du passé.
Elles sont la preuve qu’un paysage peut conserver la mémoire des hommes tout en offrant, génération après génération, une nouvelle place au vivant.
Et c’est peut-être cela, la plus belle leçon de cette ville : savoir préserver ce que le temps a construit, qu’il soit l’œuvre des hommes… ou celle de la nature.
Fin de ce chapitre consacré à la pierre meulière… mais certainement pas de l’histoire de La Ferté-sous-Jouarre.
À suivre..
Rendez-vous au prochain épisode 😉
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24 commentaires
VigiCrécy
Merci beaucoup pour toutes ces informations très intéressantes.
Et, précisément à cet endroit, posez vous la question de savoir à quoi servait, côté Marne, sur le mur qui précède l’embarcadère, la grande tige métallique qui le traverse sur le dessus et en son milieu , dans sa longueur et qui court comme ça le long du parapet en direction du pont… 😉
Merci pour ce beau récit 👍
Bah en même temps quand tu es un vrais fértoi tu connais ça parce que je suis née à la Ferté sous Jouarre en 66 a l’hôpital
Merci pour cet article !
Delphine Dédé Delacour
Le chemin de hallage en dessous
C est monsieur kinziger qui avait racheté cette ancienne usine des meulières.pour en faire une chaudronnerie et faire ses cuves à fuel et d autres choses divers.et après ce fut un magasin coop.et maintenant aldi.
Carinne Didier Gustave Blomme pour toi la suite 🥰
Qui a connu Noiret charpente et ses charpentes lamellé-collé…convoi exeptionnel a chaque livraison…
Super belle photo 👍👍🇪🇦🇲🇫
Moi j’habitais les bondons et je m’amusais en vélo dans les grands trous laissés par les carriers, certains étaient pleins d’eau du cous on y pêchait.
Question : les déchets d’extraction des meules sont-ils bien les fameuses pierres Meulieres qui ont servi à construire les maisons ?
Il y a un monsieur dont je ne sais plus le nom qui a fait un musée à montmenard « musée de la meulière » il y aussi une randonnée à faire qui part de mery sur marne qui nous amène aux différents sites d’extraction
Magnifique photo. Merci
Mon grand-Père Auguste Poulet a travailler a la Générale Meulière a la ferté sous Jouarre jusqu’à sa fermeté il habiter Morintru du bas dans la cour commune…..P.J….
Merci pour le partage et surtout l’histoire
Il y a eut l’entreprise gendarmerie construction de broyeur à déchets. Dans les années fin 60 70 j’y ai travaillé.
Pas gendarmerie mais GONDAR
Mon arrière, arrière grand-père était l’un de ces patrons dont les ateliers étaient le long du quai aux meules.
Superbe photo
Beaucoup de ces meules ont été extraites de Bitibout un hameau d’Orly sur Morin le bois garde encore la trace de ces extractions et de nombreuses meules ont été offertes aux villages voisins St Cyr sur Morin, La Trétoire etc
Ces meules ne partaient pas tous très loin. En 1973 la quincaillerie Pagot à Coulommiers en vendaient encore pour les moulins à grains et les cidreries de la Brie
Bonjour quelle est la date de cette photo merci