Série « Villages des Deux Morin » épisode 24 Boissy-le-Châtel
Installez-vous confortablement, nous allons vous raconter l’histoire de Boissy-le-Châtel…
Depuis les hauteurs où se dressait son château jusqu’aux rives du Grand Morin, Boissy-le-Châtel porte les traces d’une histoire étonnamment riche. Une histoire faite de seigneurs, d’artisans, d’industries, de guerres… et de renaissances…
Pour les découvrir, il faut prendre le temps de suivre le cours du Grand Morin, de lever les yeux vers les hauteurs où veille encore son château, d’écouter les pierres de son église et le murmure d’une vallée qui, depuis près de mille ans, n’a jamais cessé de façonner le destin des hommes.
Le nom même de Boissy nous ramène à ses origines. Il vient du latin buxum, le buis. Bien avant les maisons, les moulins et les manufactures, la forêt dominait ici le paysage. Aucune trace d’occupation gallo-romaine n’a été retrouvée : durant des siècles, les bois et les pâturages régnaient presque sans partage.
Puis vient le Moyen Âge.
En 1132, une charte du comte Thibaud de Champagne mentionne pour la première fois Buissiacum. Deux ans plus tard apparaît le nom de Bussei. Peu à peu, le village prend forme autour de son château, de son église et de son moulin à vent. Les seigneurs de Milly en tiennent la destinée pendant plus d’un siècle, avant que d’autres grandes familles ne prennent le relais.
Le château, construit sur un promontoire dominant les vallées du Grand Morin et de l’Orgeval, n’a pas été placé là par hasard. Depuis sa tour de guet, la plus haute et la plus étroite, le regard embrasse toute la vallée. Au Moyen Âge, cette position constituait un formidable avantage stratégique. Aujourd’hui encore, elle rappelle combien chaque pierre répondait autrefois à une nécessité autant qu’à une ambition.
À quelques pas de là s’élève l’église Saint-Sulpice, construite au XIIᵉ siècle. Détruite durant la guerre de Cent Ans, elle renaît à la fin du XVe siècle grâce à la famille de Brie, nouvelle détentrice de la seigneurie.
Mais Boissy possède une singularité peu connue…
La paroisse est placée sous la protection de saint Laurent, tandis que l’église est dédiée à saint Sulpice. Chaque année, lors de la fête de la Saint-Laurent, les reliques des deux saints étaient portées en procession. Des pèlerins arrivaient de toute la région, persuadés que cette procession pouvait soulager… les maux de dents. Un pèlerinage aujourd’hui oublié, mais qui fit autrefois la renommée du village.
Et les siècles passent…
Louis de Brie, conseiller et chambellan de Louis XI, marque durablement l’histoire locale. Son blason, d’azur à deux haches d’armes adossées d’argent, est devenu celui de Boissy-le-Châtel lui-même, comme si l’histoire d’une famille avait fini par se confondre avec celle d’un village entier.
D’autres noms prestigieux traversent ensuite Boissy : Claude de Ravenel, Françoise d’Angennes, dame d’honneur de Catherine de Médicis, puis Louis Le Fèvre de Caumartin, futur garde des Sceaux de Louis XIII, qui acquiert la seigneurie au début du XVIIᵉ siècle. En 1690, c’est même le célèbre évêque de Meaux, Bossuet, qui vient effectuer sa visite pastorale.
Puis survient la Révolution…
Le château devient un temps une prison avant d’être en grande partie démantelé. Une aile entière disparaît. Les arbres du parc sont abattus. Une gravure réalisée en 1824 montre une demeure profondément meurtrie, comme si l’histoire elle-même avait laissé sa cicatrice dans la pierre.
Pourtant, le château survivra. Ni la guerre de 1870, ni les deux conflits mondiaux ne parviendront à l’anéantir.
Le XIXᵉ siècle ouvre un nouveau chapitre.
Grâce à l’eau abondante du Grand Morin, à la force de ses moulins et à la richesse agricole de la vallée, Boissy-le-Châtel devient l’un des plus importants centres papetiers de Seine-et-Marne.
La papeterie Sainte-Marie connaît un développement spectaculaire. Sur près de dix hectares, ses bâtiments finissent par former une véritable cité industrielle. Le papier fabriqué ici participe à la renommée de toute la vallée.
L’industrialisation transforme profondément le village. En 1820, l’ancien moulin devient une vaste usine. En 1861, une chocolaterie vient compléter cette activité florissante. Après l’occupation bavaroise de 1814-1815 puis celle des Prussiens en 1870, Boissy se reconstruit et regarde vers l’avenir : une mairie-école est édifiée en 1880, puis le chemin de fer arrive en 1884, ouvrant davantage encore le village sur le reste du territoire.
Mais Boissy-le-Châtel cache une autre histoire, presque secrète.
Au milieu des années 1930, le lieu-dit de la Croix-Blanche accueille le tout premier aérodrome de Coulommiers. Son existence ne dure que quelques années, mais elle est étonnante. Des meetings aériens y sont organisés, de jeunes pilotes y sont formés et, dans le plus grand secret, des aviateurs républicains espagnols viennent y apprendre à piloter avant de repartir combattre durant la guerre d’Espagne. Ce petit terrain briard, disparu dès 1937, a pourtant laissé une empreinte dans l’histoire de l’aviation… au point d’être davantage connu aujourd’hui dans certains ouvrages espagnols que dans notre propre région. (Anciens Aérodromes)
Le temps poursuit sa route.
Les immenses bâtiments des anciennes papeteries auraient pu sombrer dans l’oubli. Ils connaissent pourtant une seconde vie remarquable. Aujourd’hui, les anciennes usines du Marais et de Sainte-Marie accueillent la Galleria Continua, où l’art contemporain dialogue avec les volumes industriels. Là où résonnaient autrefois les machines, ce sont désormais les œuvres monumentales qui invitent à la réflexion.
C’est sans doute cela, Boissy-le-Châtel : un village qui ne cesse de se réinventer sans jamais renier son passé.
Avant de refermer cette page d’histoire, VigiCrécy souhaite avoir une pensée toute particulière pour les habitants de Boissy-le-Châtel durement touchés par les inondations de 2024.
Elles ont bouleversé des souvenirs, des repères, parfois toute une vie construite patiemment au fil des années. Derrière chaque façade se cachent des histoires, des familles, des commerces, des projets suspendus.
À toutes celles et ceux qui ont connu cette épreuve, nous adressons notre plus profonde solidarité. Puisse l’histoire de Boissy-le-Châtel, faite de reconstructions, de résilience et de renaissances successives, rappeler qu’un village puise aussi sa force dans le courage de ses habitants.
Car ici, depuis près de neuf siècles, Boissy-le-Châtel a toujours trouvé la force de se relever.
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