Série « Villages des deux Morin » épisode 28 : Mouroux
Mouroux, le village où la rivière écrit l’histoire depuis des milliers d’années…
Il est des villages que l’on découvre en passant. Et puis il y a ceux qu’il faut prendre le temps de regarder et Mouroux est de ceux-là.
À première vue, ce village briard semble vivre paisiblement dans la vallée du Grand Morin, à quelques kilomètres seulement de Coulommiers. Pourtant, sous ses rues, ses hameaux et ses champs sommeille une histoire vieille de plusieurs dizaines de milliers d’années. Une histoire où la rivière n’a jamais cessé d’être le fil conducteur.
Car bien avant que les premières pierres ne soient posées, bien avant que le nom de Mouroux n’apparaisse dans les manuscrits, le Grand Morin serpentait déjà entre ces collines. Ses eaux attiraient le gibier, abreuvaient les hommes et rendaient cette vallée particulièrement propice à la vie.
Les archéologues l’ont confirmé : les fouilles menées dans les années 1960 ont révélé que des chasseurs fréquentaient déjà ces lieux au Paléolithique. Plus remarquable encore, tout laisse penser que cette occupation ne s’est jamais réellement interrompue. Depuis les premiers hommes jusqu’aux habitants d’aujourd’hui, chaque génération semble avoir choisi de rester fidèle à cette vallée généreuse.
Il faut dire que la nature avait tout offert.
La rivière, bien sûr. Mais aussi des terres fertiles, des coteaux protégés et des forêts abondantes.
Même le nom du village semble en porter le souvenir.
Au XIIᵉ siècle, les textes évoquent Moro. Quelques siècles plus tard apparaît progressivement Mouroux, probablement issu d’un ancien terme désignant un « lieu de baies et de ronces ». Une appellation qui rappelle combien la végétation était autrefois omniprésente sur les rives du Morin.
Au fil des siècles, les hommes apprivoisent peu à peu ce territoire.
Contrairement à bien des villages construits autour d’une place unique, Mouroux grandit en réunissant de nombreux hameaux. Aujourd’hui encore, la commune en compte vingt-cinq. Chacun possède son identité, son histoire, parfois son ancienne ferme ou son moulin. Ensemble, ils composent une mosaïque où chaque pierre semble raconter un morceau du passé.
Le Moyen Âge vient peu à peu structurer cette terre.
L’abbaye de Faremoutiers y exerce la haute justice et possède plusieurs domaines. À une époque où les abbayes sont de véritables puissances économiques et politiques, leur influence dépasse largement le seul cadre religieux. Elles administrent les terres, rendent la justice, organisent la vie agricole et participent au développement des villages.
C’est également au XIIIᵉ siècle que s’élève l’église Saint-Rémi.
Depuis plus de sept cents ans, elle veille silencieusement sur Mouroux. Comme beaucoup d’édifices anciens, elle a été transformée au fil des siècles sans jamais perdre son caractère. Son remarquable retable du XVIᵉ siècle représentant le baptême de Clovis témoigne de la richesse artistique de la paroisse. Plus surprenant encore, un précieux calice offert par l’impératrice Eugénie en 1863 rappelle que même les plus modestes villages peuvent parfois croiser la grande Histoire.
Mouroux est alors partagé entre plusieurs fiefs. Parmi eux figure celui de la famille Caumartin, importante lignée de la noblesse française. Les chroniqueurs du XIXᵉ siècle évoquent même l’existence d’un château aujourd’hui disparu. Le temps en a effacé les pierres, mais les archives en ont conservé le souvenir.
Comme toute la Brie, Mouroux traverse ensuite les siècles au rythme des guerres, des épidémies et des mauvaises récoltes. Les habitants reconstruisent inlassablement ce que les conflits détruisent. Cette capacité à se relever deviendra, au fil du temps, l’une des marques de caractère du village.
Mais pendant que les générations se succèdent, une chose demeure immuable : l’eau.
Le Grand Morin n’est pas seul à traverser la commune. La Fausse Rivière et le ru du Liéton viennent également irriguer ce territoire. Peu de villages peuvent compter sur un tel réseau hydrographique.
Très tôt, les habitants comprennent toute la richesse que représente cette énergie naturelle.
Cinq moulins s’installent sur les cours d’eau. Leurs roues tournent sans relâche, transformant le blé récolté dans les plaines briardes en farine. À Montreux, deux moulins produisent chacun plusieurs tonnes de farine chaque jour. Le moulin de Coubertin et les moulins Trochard participent eux aussi à cette activité qui alimente jusqu’aux boulangeries parisiennes. Pendant des générations, le bruit régulier des meules accompagne la vie quotidienne des Mourousiens.
Puis arrive la révolution industrielle : en 1890, Louis Ravinet choisit précisément l’emplacement des anciens moulins de Montreux pour y installer une usine de fabrication de couverts. Le choix n’est pas anodin : la rivière fournit toujours l’énergie indispensable au développement industriel.
Pendant près d’un siècle, cette usine devient l’un des principaux poumons économiques de Mouroux. Des centaines d’hommes et de femmes y travaillent. Plusieurs générations s’y succèdent. Derrière chaque couvert fabriqué se cache une famille qui vit, élève ses enfants et participe à construire le village.
L’histoire de Mouroux n’est donc pas seulement celle de ses bâtiments. C’est avant tout celle de ses habitants : agriculteurs, meuniers, artisans, ouvriers… Tous ont puisé dans cette vallée les ressources nécessaires pour bâtir leur avenir.
Au XIXᵉ siècle, les limites communales sont définitivement fixées avec Coulommiers, puis avec Pommeuse quelques décennies plus tard. Mouroux prend alors peu à peu le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.
Désormais, ce sont les promeneurs qui empruntent les chemins autrefois parcourus par les charrettes. Les sentiers conduisent vers Pommeuse, Coulommiers ou encore la chapelle Saint-Augustin, offrant de magnifiques points de vue sur la vallée du Grand Morin. Chaque détour rappelle combien la nature demeure indissociable de l’identité du village.
Pourtant…
Cette rivière qui a tant donné sait aussi rappeler sa puissance…
Depuis toujours, les habitants vivent avec elle, conscients qu’elle peut, certains jours, reprendre l’espace qu’ils lui avaient emprunté.
Mouroux connaît aussi l’autre visage de sa rivière…
Celui qui inquiète.
Celui qui déborde.
L’année 2024 restera longtemps gravée dans les mémoires.
À plusieurs reprises, le Grand Morin est sorti de son lit. Les pluies exceptionnelles, combinées à un ruissellement intense sur les coteaux, ont transformé les rues en véritables cours d’eau. Des maisons ont été envahies, des commerces durement touchés, des souvenirs emportés par la boue. Certaines familles ont à peine eu le temps de sécher leur intérieur qu’une nouvelle crue venait tout recommencer.
Derrière les chiffres, derrière les images diffusées aux journaux télévisés, il y avait des femmes, des hommes, des enfants. Des vies bouleversées. Des années de travail fragilisées en quelques heures.
Mais il y avait aussi autre chose : des voisins venus aider sans hésiter.
Des bénévoles, des élus, des agents, des proches qui ont porté, nettoyé, réconforté.
Et surtout une population qui, malgré l’épuisement, a refusé de baisser les bras.
À vous, Mourousiennes et Mourousiens, qui avez connu ces épreuves, ces quelques lignes sont dédiées 🫶🏼
Le Grand Morin continuera de traverser votre commune comme il le fait depuis des millénaires. Il continuera de nourrir les paysages, d’accompagner les promeneurs et de raconter, à sa manière, l’histoire de votre vallée. Mais il portera désormais aussi la mémoire de votre courage.
Car une commune ne se résume ni à son église, ni à ses anciens moulins, ni à ses paysages. Sa véritable richesse réside dans les femmes et les hommes qui lui donnent une âme.
Continuez d’être fiers de Mouroux. Depuis la Préhistoire jusqu’à aujourd’hui, votre village a traversé les siècles, les guerres, les crues et les bouleversements sans jamais perdre son identité. Et si l’eau a façonné son histoire, c’est bien votre résilience, votre solidarité et votre attachement à cette terre qui en écrivent les plus belles pages. Je suis convaincue que, dans plusieurs siècles encore, c’est de cette force-là que l’on se souviendra.
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2 commentaires
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Le dessin manque du garage de garde pompe et on pourrait aussi dire la tour d entraînement des sapeurs pompiers de Mouroux