Série « Villages des deux Morin » épisode 27 : La Ferté-Sous-Jouarre (Chapitre 3)
Cet épisode est le dernier sur la pierre meulière de la Ferté-sous-Jouarre
Une seule pierre, deux patrimoines…
Nous l’avons raconté durant les deux précédents épisodes, chaque bloc de pierre meulière avait un destin différent.
Lorsque les carriers l’extrayaient de la roche, nul ne savait encore quel chemin il emprunterait. Il fallait d’abord l’observer, le sonder, parfois même l’écouter. Les anciens savaient reconnaître, sous une apparence parfaite, la fissure invisible qui condamnerait une pierre à ne jamais devenir une meule.
Alors venait le choix.
Les blocs les plus purs rejoignaient les ateliers. Patiemment taillés, ajustés puis assemblés avec une précision remarquable, ils devenaient ces immenses meules dont la réputation dépassait largement les frontières de la Brie.
Mais leur voyage ne faisait que commencer.
Au terme d’un lent trajet sur des chariots tirés par des chevaux, elles atteignaient le Port aux Meules, sur les rives de la Marne.
Imaginons un instant la scène…
À l’aube, les chevaux peinent sous le poids des pierres. Les ouvriers roulent les meules jusqu’au bord de l’eau. Les chalands attendent, amarrés contre le quai. Puis, dans un grincement de cordages et de poulies, une meule quitte enfin la terre de Brie.
Le courant prend le relais des hommes.
La Marne l’entraîne vers Paris, puis vers la Seine et les grands ports maritimes. Là, d’autres navires l’emportent jusqu’en Espagne, en Italie, en Allemagne… mais aussi en Amérique du Sud, en Australie et jusque dans les moulins de Nouvelle-Zélande.
Le nom de La Ferté-sous-Jouarre voyage désormais avec elle.
Pourtant, toutes les pierres ne connaissaient pas cet extraordinaire périple.
Celles qui présentaient une imperfection ne pouvaient pas devenir des meules. Mais à une époque où rien ne se perdait, elles n’étaient jamais abandonnées.
Elles trouvaient simplement une autre vocation.
On les retrouvait dans les murs d’une maison, la façade d’une ferme, un atelier, un muret ou un bâtiment public. Elles façonnaient peu à peu le visage de La Ferté-sous-Jouarre.
Même au Port aux Meules, leur histoire continuait.
Le quai que nous admirons aujourd’hui est soutenu par près de cinq cents meules qui ne partirent jamais. Jugées impropres à leur destination première, elles furent réemployées pour bâtir le mur contre lequel venaient s’amarrer les chalands.
Et lorsque ces embarcations, lourdement chargées, devaient reprendre leur route, elles étaient halées depuis la berge. Des chevaux tiraient les péniches à l’aide de longs cordages qui glissaient sur une barre métallique fixée au sommet du quai, afin d’éviter qu’ils ne s’usent contre la pierre meulière, aussi dure qu’abrasive.
Ce détail, discret aux yeux des promeneurs d’aujourd’hui, raconte à lui seul toute l’ingéniosité de celles et ceux qui vivaient du commerce de la meulière.
Ainsi, d’une même carrière naissaient deux patrimoines.
L’un quittait la Brie pour faire tourner les moulins du monde.
L’autre demeurait ici, dans les maisons, les quais et les rues de La Ferté-sous-Jouarre.
L’un nourrissait des peuples lointains.
L’autre abritait des générations de Fertois.
Une seule pierre.
Deux destins.
Deux patrimoines.
Soyez fiers, chères Fertoises, chers Fertois. Votre ville n’est pas seulement bâtie de pierre. Elle est bâtie du courage des hommes qui l’ont extraite, façonnée et conduite jusqu’au bout du monde.
Leur œuvre est encore là, dans les murs de vos maisons, sur les quais de la Marne et dans le nom de La Ferté-sous-Jouarre, qui résonne bien au-delà de nos frontières. C’est un héritage rare. C’est votre héritage.
7 commentaires
voici l’illustration de ce que j’expliquais l’autre jour
https://www.facebook.com/media/set/?vanity=philippe.cailloux.5&set=a.10157735419052160. J’ai fait quelques photos en randonnant
En creusant dans mon jardin je suis tombé sur plein de meules posées à plat, enfin pas vraiment à plat mais pour former une sorte de cuvette qui est en fait un ancien bac pour nettoyer les chevaux, ma maison de 1783 à appartenu à une famille de laboureur et devant la maison on y l’avais les cheveux dans une sorte de gros caniveau fait de morceaux de meules, dans le mur de la maison il y a encore les anneaux pour y accrocher les chevaux. On trouve des meules également dans la sente de la gambiere, cette ruelle était utilisée pour rejoindre les carrières entre la Ferté sous Jouarre et les bondons par les ouvriers, tout le sol est fait de camenbert de meules.
curieuse cette façon de haler la péniche à l’envers!!! la corde n’est meme pas fixée sur les bites d’amarrage, le premier cheval ne tire rien et le second traine un second attelage derrière lui quant au type à casquette devant les chevaux, il ne semble pas trop préoccupé par les chevaux qui le suivent…encore un montage IA!!!
Magnifique et si précieux cliché
A aubervilliers »canal de l ourcq » enfant je voyais ce halage de péniche du pont de stains nous étions les enfants du quartier à observer »’ la tête entre les grilles »
Roselyne LD