Question 1/5 — Faut-il évacuer l’eau plus vite ?
Parfois localement, oui. Mais à grande échelle, c’est souvent l’aval qui paie…
L’idée d’évacuer l’eau rapidement paraît logique à première vue : si elle s’écoule plus vite, elle reste moins longtemps et inonde moins.
Mais cette logique a une limite essentielle qu’il faut bien comprendre. L’eau qu’on fait partir d’un endroit arrive ailleurs. Elle ne disparaît pas, elle se déplace.
Sur le Grand Morin, accélérer les écoulements à La Ferté-Gaucher ou Coulommiers signifie envoyer plus vite et plus haut le pic de crue vers Crécy-la-Chapelle, Couilly-Pont-aux-Dames et Condé -Sainte-Libiaire — qui sont les communes les plus densément peuplées et les plus vulnérables du bassin.
Le Grand Morin se jette ensuite dans la Marne à Esbly, mais sa contribution aux crues franciliennes reste marginale : l’enjeu est donc essentiellement local, entre l’amont et l’aval de notre bassin.
Ce que nous avons observé pendant Kirk parle de lui-même. Le 10 octobre 2024, le pic à Couilly a atteint 174 m³/s, et ce débit n’était pas seulement le produit des pluies tombées localement : il résultait aussi de tout ce qui avait transité, parfois très vite, depuis l’amont.
Plusieurs communes médianes ont été soulagées en quelques heures. Les communes aval, elles, ont vu l’eau monter longtemps après la fin de la pluie. Cette désynchronisation est au cœur de la question : ce qui s’évacue rapidement quelque part doit bien s’arrêter quelque part.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais faciliter les écoulements. Désobstruer un embâcle dangereux près d’un pont, intervenir sur un lit urbain réellement sous-capacitaire après une étude sérieuse, retirer un atterrissement qui détourne le courant contre une berge habitée — oui, c’est légitime. En revanche, le curage généralisé « préventif » a souvent l’effet exactement inverse de celui qu’on cherche.
À retenir : sur des points précis et avec une étude sérieuse, faciliter un écoulement peut être justifié. Mais toute intervention doit s’évaluer à l’échelle du bassin entier — pas seulement du tronçon concerné.
→ Demain : faut-il ralentir l’eau en amont ?
#VigiCrecy #DeuxMorin #Inondations
6 commentaires
Garder l’eau en tous lieux pour protéger l’aval, des hauteurs des bassins versants à la rivière. Quelques millimètres sur le pluviomètre, ce sont des millions de m3 pour tout inonder.
C’est une responsabilité citoyenne, la règle numéro 1.
Est ce qu’il est possible de déplacer le czntrz equestre à st germain sur morun et en faire un bassin de retention?
C’est la question ❓
Pourquoi???? Lorsque nous pouvons voir que Crécy la Chapelle construit une piscine sur un terrain souvent infondé et que les autres devraient se faire inonder voir déménager leurs infrastructures. Chercher l’erreur
Gérer l’eau là où elle tombe semble être la meilleure solution
Pendant longtemps on a tout fait pour se débarasser de l’eau et donc l’envoyer plus vite vers l’aval. Le modèle était le drainage, nécessaire pour pouvoir cultiver et déshumidifier des zones marécageuses considérées comme malsaines. Ce fut le tout tuyau, y compris dans nos villages. Il faut se mettre dans le contexte de l’époque pour comprendre. Les anciens n’étaient pas idiots ou malveillants, ils avaient juste d’autres enjeux que maintenant. Je pense à ce ru voulangeois qui a été busé dans les années 30. Dans les registres municipaux on en apprend la raison : c’était l’exutoire des toilettes de la rue, à l’air libre c’était une infection, d’où le busage. Il est maintenant reconnu que garder l’eau est plus vertueux. Pour éviter les inondations à l’aval, mais aussi pour infiltrer dans le sol et éviter d’être trop vite en sécheresse. Maintenant par rapport aux inondations, si effectivement ralentir est salutaire, à l’aval c’est parfois un peu plus complexe. Prenons l’exemple du ru de biche qui coule à Serbonne et inonde le village. Un projet est en cours, pour limiter la vitesse de l’eau mais aussi replacer le ru dans son cours d’origine. Cela permettra de réduire les inondations à Serbonne (ainsi qu’à Montherant). Sur le grand-morin, aucun impact. En effet ce ru se vide en 2 ou 3 heures. Si ralentir fera descendre l’eau en 4h, pour le grand-morin aucun changement. En effet on sera rappelle qu’en cas de crue majeure comme octobre 2024, le secteur est inondé par le grand-morin 15h après la fin de la pluie. Pour le Mesnil plus à l’aval à Couilly, on est plutot à 24h. Donc une ZEC sur le mesnil ne sera efficace que si elle ralentit l’écoulement au delà de 24h. Dans l’intervalle l’eau peut s’écouler sans etre ralentie. On voir ainsi que plus on remonte vers l’amont et plus une ZEC peut être efficace et inversement, sauf désordre local du ru considéré comme dans le cas du ru de Biche qui comme tous les petits rus réagit très vite.