Les berges et les palplanches – seconde partie :
L’actualité récente du Grand Morin, entre Crécy la Chapelle et Couilly Pont aux Dames (l’effondrement d’une partie du déversoir d’un moulin), rappelle à quel point chaque ouvrage, chaque modification du lit ou des berges peut influencer l’équilibre global de la rivière.
Alors, les palplanches seraient-elles une solution ou pas pour les berges qui s’effondrent dramatiquement entre Crécy la Chapelle et Couilly Pont-aux-Dames ?
Les palplanches sont de longues plaques profilées (souvent en acier) sous forme de U ou de Z, que l’on vibre ou enfonce dans le sol avec une machine.
Une fois assemblées, elles forment une sorte de mur mince mais très solide.
Une solution miracle pourriez-vous nous dire !
Cependant, leur utilisation est parfois critiquée en écologie des rivières, car elles artificialisent les berges et suppriment les habitats naturels pour la faune et la flore.
Objectif :
• empêcher la terre de glisser dans la rivière
• stabiliser une berge fragilisée
• protéger une route ou un terrain situé juste derrière
On utilise souvent cette technique quand la berge est très érodée ou s’il y a un ouvrage à protéger (route, maison ou quai).
Mais les palplanches peuvent parfois aggraver les crues ou l’érosion…
Pourquoi ? Elles accélèrent l’eau…
Une berge, elle, est naturelle et irrégulière avec :
• des racines
• de la végétation
• des petites cavités
• des pentes douces
Tout cela ralentit naturellement le courant.
Quand on installe des palplanches, on crée un mur vertical et lisse, l’eau rencontre moins de résistance et va circuler plus vite.
Même si elles protègent un endroit précis, les palplanches peuvent entraîner :
• une accélération du courant
• un déplacement de l’érosion ailleurs sur la rivière
• une pression accrue sur la berge opposée
• parfois une crue plus rapide en aval
Autrement dit, on protège un point… mais on modifie l’équilibre global du cours d’eau.
Les palplanches protègent l’endroit précis où elles sont posées.
Mais la rivière garde la même énergie hydraulique. Elle va donc attaquer ailleurs :
• le fond du lit (creusement)
• la berge opposée
• la berge en aval
C’est un phénomène classique en hydraulique : on résout un problème localement mais on peut le déplacer ailleurs.
Quand l’eau frappe une berge verticale, elle ne peut pas s’y dissiper naturellement.
Elle est alors renvoyée vers le centre ou vers l’autre rive, ce qui peut accélérer l’érosion ailleurs.
C’est un peu comme si la rivière “rebondissait” sur ses propres murs. On appelle cela l’effet “miroir” de la rivière.
Autre conséquence parfois observée : la rivière peut commencer à creuser son fond.
Puisqu’elle ne peut plus s’élargir naturellement, elle compense en allant vers le bas.
Avec le temps, le lit peut s’enfoncer, ce qui modifie les niveaux d’eau, fragilise certains ouvrages et déconnecte des zones humides naturelles.
En la “canalisant”, la rivière devient trop rapide, on réduit les frottements naturels (végétation, méandres, relief).
Résultat : l’eau circulant plus vite, les crues peuvent arriver plus brutalement et les effets peuvent être ressentis plus loin en aval.
C’est pour cela qu’aujourd’hui, les gestionnaires de rivières cherchent souvent à ralentir l’eau plutôt qu’à la contraindre.
Enfin, un autre sujet souvent méconnu : les rivières peuvent aussi être influencées par leur passé industriel.
Dans certains secteurs, notamment en Seine-et-Marne, des sols contiennent encore des traces anciennes de métaux lourds (plomb, arsenic…).
Ces pollutions, parfois très anciennes, peuvent rester stockées dans les sols pendant des décennies, être remises en mouvement lors de travaux ou de fortes pluies et rejoindre les cours d’eau par ruissellement ou érosion.
Tout est une question d’équilibre.
Aujourd’hui, la tendance est de plus en plus à redonner de l’espace aux rivières, privilégier des berges végétalisées et laisser les cours d’eau retrouver une dynamique plus naturelle.
Une rivière est un système vivant et dynamique.
Quand on bloque un endroit, l’eau s’adapte… et trouve toujours un autre chemin.
4 commentaires
Les palplanches fonctionnent tres bien aux niveau des canaux. C est une solution perenne avec quelques instabilités. Mais cela reste mineur
Je comprends bien, mais en attendant avec le problème actuel sur la portion concernée et la baisse brutale et importante du morin, les berges et arbres s’écroulent, 1m de terrain en moins par endroits, la frayere plus alimentée avec une conséquence importante pour toute la faune dans cette zone….
L’option de boucher temporairement, le trou du deversoir avec des plaque de béton avec des étais de serrage/ coffrage (en attendant une solution pérenne), est-elle totalement idiote ?
Pour faire remonter le niveau et éviter les palplanches (qui elles aussi vont être temporaires et sur une grande longueur) ?
Mais ça doit être trop simpliste…
Il y a plus d’un cinquante ans, une partie de la berge du Petit-Morin s’est effondrée entraînant les arbres. D’énormes cavités s’étaient formées laissant les souches hors terre. Qu’elles racines bien ancrées en terre jouaient la résistance.
Mon grand-père avec mon père et agriculteur ont placé d’énorme bloqués de grès dans le S que la rivière dévorait.
La SMAGE et tous ces organismes n’existaient pas. Des arbres ont repousser. Les roches font des cavités naturelles où la biodiversité trouve sa place. Le blocage n’étant pas lisse, l’eau n’accélère pas sa vitesse en cas de crue.
Nos anciens n’avaient pas besoin de faire des études qui coûtent des centaines de milliers d’euros. Ils connaissaient leur rivière, c’étaient des femmes et des hommes de terrain qui comprenaient la terre qui les nourrissait mais qui pouvait être dur avec eux.