Éoliennes et circulation de l’eau : la question des sols est trop souvent oubliée…
Le projet éolien envisagé entre Amillis et Chevru fait réagir.
Le débat porte le plus souvent sur le paysage, la hauteur des mâts ou la biodiversité. Mais une question est rarement posée :
Quel effet ces aménagements peuvent-ils avoir sur les sols et sur la circulation de l’eau ?
Le bruit et l’impact visuel font déjà l’objet de nombreux débats et de dispositions réglementaires spécifiques.
Notre propos porte ici sur un aspect moins visible : celui des sols, de l’eau et du fonctionnement du bassin versant.
Une éolienne, ce n’est pas seulement un mât et des pales. C’est aussi des fondations en béton, une plateforme technique, des câbles enterrés et des chemins d’accès assez solides pour supporter des engins très lourds.
Selon la configuration du site, plusieurs milliers de mètres carrés peuvent être directement concernés autour de chaque machine, auxquels s’ajoutent les pistes d’accès et les aménagements nécessaires au chantier.
Les cultures se poursuivent au pied des mâts et la réglementation prévoit le démantèlement des installations et l’excavation d’une partie importante des fondations afin de permettre la restitution des terrains à un usage agricole.
Alors où est le problème ?
Il n’est pas dans la quantité de surface, mais dans son emplacement et dans sa nature.
Deux choses simples se produisent :
∙ Un sol tassé par le passage d’engins lourds absorbe moins bien la pluie. L’eau, au lieu de s’infiltrer, ruisselle en surface.
∙ Une piste empierrée ou renforcée se comporte un peu comme une gouttière : elle peut rassembler l’eau et la faire filer plus vite vers un même point.
Une petite surface, mal placée, en travers du chemin naturel de l’eau ou sur une pente, peut donc avoir plus d’effet qu’une grande surface située ailleurs. Tout dépend d’où elle se trouve.
Dans un territoire comme la Brie, déjà touché par le ruissellement, l’érosion et les coulées de boue, cela mérite qu’on s’y arrête.
Personne ne prétend qu’un parc éolien provoquera à lui seul une inondation. Mais il est légitime de s’interroger sur l’effet cumulé de ces aménagements à l’échelle d’un bassin versant déjà sous pression, pendant la phase de travaux comme durant les décennies d’exploitation du parc.
Et la biodiversité ?
Le sujet est souvent évoqué, mais rarement précisé. Deux groupes sont particulièrement concernés :
– ; Les oiseaux, d’abord : risque de collision avec les pales, surtout pour les rapaces et les espèces migratrices ; mais aussi simple désertion d’une zone de nidification ou de chasse une fois les mâts en place. Sur un plateau agricole ouvert comme celui-ci, ce sont les rapaces de plaine qu’il faut surveiller en priorité.
– ; Les chauves-souris elles, sont particulièrement sensibles aux éoliennes. Certaines peuvent être victimes de collisions, mais aussi des variations brutales de pression de l’air générées à proximité des pales en mouvement.
Et c’est ici que les deux sujets se rejoignent : oiseaux et chauves-souris se déplacent en suivant les haies, les lisières et surtout les vallées de cours d’eau.
Les vallées de l’Aubetin et du Grand Morin constituent des couloirs de vie, le même réseau naturel que celui qui guide l’eau.
C’est pourquoi les études environnementales s’étalent sur plusieurs années : il faut observer un cycle complet, des deux migrations à la nidification, sans conclure sur une seule saison qui pourrait être atypique.
Soyons justes, à l’échelle nationale, l’éolien est loin d’être la première cause de mortalité des oiseaux. Mais pour quelques espèces vulnérables et pour les chauves-souris, l’impact est réel et concentré, il mérite une évaluation sérieuse.
Quelques questions simples méritent donc d’être posées :
∙ Quelle surface totale de sols sera modifiée ou tassée par le projet, et à quels endroits ?
∙ Quelles études ont été faites sur l’infiltration de la pluie, le ruissellement et l’érosion ? (Ce volet « eau » est obligatoire dans le dossier officiel du projet.)
∙ Quelles espèces d’oiseaux et de chauves-souris ont été recensées, et sur combien de saisons ?
∙ Quelles mesures sont prévues pour ne pas aggraver les écoulements vers l’aval ni perturber les couloirs de déplacement de la faune ?
Au-delà du pour ou du contre, l’enjeu est celui-ci : préserver le bon fonctionnement des sols, la bonne gestion de l’eau et les équilibres naturels du territoire.
Parce qu’en matière d’aménagement, la vraie question n’est pas seulement ce que l’on construit, mais comment cela modifie les chemins de l’eau et ceux du vivant.
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4 commentaires
Jean-Michel Sagnes et les agriculteurs avec la location de l’emplacement.
Entre 5000€/10 000 €/an selon le contrat signé.
Marcel Charles
Et le pire à la fin du contrat c’est à l’agriculteur de démanteler l’éolienne pour un « éventuel » (eventuel) recyclage !
Merci pour cet article. Pour résumer, les éoliennes sont une calamité, les seuls bénéficiaires sont les constructeurs.
Sans parler du coût du démantèlement des éoliennes à la charge des communes qui ne peuvent tout simplement pas le faire tellement c’est cher !