Décryptage – Partie 3
Hommage aux habitants sinistrés : la mémoire des crues est notre première protection
Au fil de cette série, une conviction s’est imposée : les ouvrages sont indispensables, mais ils ne suffisent pas.
Une politique de prévention des inondations ne peut pas reposer uniquement sur des études, des travaux ou des aménagements. Elle doit aussi s’appuyer sur une ressource essentielle : les habitants.
Ce sont eux qui connaissent les chemins empruntés par l’eau lors des fortes pluies.
Ils savent où un fossé déborde, où un ru se transforme en torrent, où une route devient rapidement impraticable, où un quartier est régulièrement touché.
Ils sont aussi les premiers témoins des conséquences d’une inondation : des logements devenus inhabitables, des entreprises à l’arrêt, des commerces fragilisés, des exploitations agricoles touchées, des démarches administratives interminables, des difficultés avec les assurances et des vies profondément bouleversées.
Cette connaissance du terrain ne remplace évidemment pas les études hydrauliques, elle les complète.
Aujourd’hui, les politiques publiques parlent de plus en plus de résilience. Un territoire résilient est un territoire capable de se préparer aux inondations, d’en limiter les conséquences et de se relever plus rapidement après une crise.
La résilience se construit avec des ouvrages. Mais elle se construit aussi avec des habitants informés, préparés, écoutés et associés aux décisions qui concernent leur territoire.
Écouter les habitants ne revient pas à opposer le savoir d’usage au savoir technique. Au contraire, c’est reconnaître qu’ils sont complémentaires.
L’expérience vécue apporte des informations que les modèles ne révèlent pas toujours. Les études permettent ensuite de les analyser, de les objectiver et de construire des réponses adaptées et une politique de prévention gagne en efficacité lorsqu’elle associe ces deux regards.
La prévention ne consiste donc pas seulement à protéger les habitants, elle consiste aussi à leur donner les moyens de comprendre le risque, de s’y préparer et de participer à la réflexion collective.
Une crue ne s’achève pas lorsque l’eau se retire. Pour de nombreux sinistrés, elle se prolonge pendant des mois, parfois des années, à travers les démarches administratives, les difficultés avec les assurances, les travaux, les pertes économiques et les conséquences psychologiques. Reconnaître cette réalité fait pleinement partie de la culture du risque.
À travers cette publication, VigiCrécy souhaite rendre hommage à toutes celles et tous ceux qui ont subi les inondations de ces dernières années, qu’elles aient touché le Grand Morin, le Petit Morin, l’Aubetin ou leurs affluents. À celles et ceux qui ont perdu des biens et des souvenirs. À celles et ceux qui ont vu le travail de toute une vie disparaître avec leur entreprise, leur commerce ou leur exploitation. À celles et ceux qui ont dû quitter temporairement leur logement… ou le quitter définitivement, en laissant derrière eux une maison à laquelle ils étaient profondément attachés. À celles et ceux qui continuent, parfois des mois ou des années après la crue, à faire face aux conséquences administratives, financières, professionnelles ou psychologiques de ces événements.
Leur expérience ne doit pas être oubliée. Elle constitue une mémoire précieuse de notre territoire et une source d’enseignements indispensable pour mieux prévenir les inondations de demain.
Car un territoire résilient n’est pas seulement un territoire qui construit des ouvrages. C’est un territoire qui entretient la mémoire des crues, développe une véritable culture du risque et considère les habitants comme des partenaires de la prévention.
À toutes les victimes des inondations passées, VigiCrécy adresse son soutien, son respect et sa reconnaissance. Votre expérience est une richesse pour notre territoire. Elle mérite d’être entendue, transmise et prise en compte.
2 commentaires
Jean-Michel c’est aussi pour cela que VigiCrécy existe. Notre association veille à préserver cette mémoire, à recueillir les témoignages, à collecter les informations utiles et à les mettre au service de l’intérêt général.
Notre audit sur les assurances est particulièrement révélateur des difficultés rencontrées par les sinistrés. C’est pourquoi nous avons également élaboré une proposition de projet de loi, enrichie et remaniée depuis sa première version de décembre 2025. Notre objectif est désormais qu’elle puisse être portée par des Sénateurs et des Députés.
Nous avons évoqué ce sujet lundi lors de notre réunion avec Mr Rousseau et Mr Gaillard, qui se sont montrés disposés à nous accompagner dans nos démarches.
Ne pas connaitre l’histoire c’est être condamné à la revivre, c’est pas de moi mais c’est très vrai. La connaissance des événements, leur retranscription notamment au travers des repères de crues est indispensable pour avancer. On sent toujours beaucoup de réticences, en particulier dans le secteur. On le voit au travers des études très poussées qui sortent sur les solutions pour atténuer les crues : on butte parfois sur le manque de connaissance des hauteurs réelles et des heures réelles de survenance des débordements, et là la mémoire humaine est un bien précieux pour comprendre et modéliser.